Câlins gratuits

En début de soirée dans le hall de la gare de Lau­sanne, un jeune homme fai­sait les cent pas d’un air décidé. Il tenait à la main une pan­carte indi­quant: “Câlins gratuits/free hugs”.  Du reste, l’allure bar­bue et un peu replète du per­son­nage évoquait vague­ment un gros ours en peluche. Une idée somme toute assez mignonne, en cette péri­ode de Saint Valentin. Mal­heureuse­ment pour lui, les clients ne se pres­saient pas au por­tillon… Tel un anti-aimant, il sem­blait même générer autour de lui un spec­tac­u­laire espace vide! On aurait dit que les gens, gênés ou vague­ment effrayés par cet étrange manège, se tenaient tous à bonne dis­tance, ser­rés vers les bords de la salle!  Tan­dis que j’observais la scène d’un oeil amusé mais aussi un peu attristé, j’avais oublié la règle n°1: ne jamais s’attarder dans le hall de la gare de Lau­sanne. Il a suffi de quelques sec­on­des pour qu’un drogué m’aborde et me demande de l’argent…



Le petit radiateur

Devant un mag­a­sin exo­tique qui vend de tout, de la racine de man­ioc au sari col­oré, de la carte de télé­phone inter­na­tionale au DVD Bol­ly­wood, du sac géant de riz bas­mati à l’huile de coco pour les cheveux, en pas­sant par des sculp­tures en corne ou des mag­a­zines indéchiffrables,  il y avait l’autre soir… un radi­a­teur. Blanc, verni, côtelé d’une manière un peu rétro, mais si petit qu’il tenait sur un tabouret posé sur le trot­toir, juste à l’entreé du mag­a­sin. Etant donné le joyeux caphar­naüm qui règne dans l’échoppe, j’ai eu un doute:  faisait-il par­tie de l’assortiment? Etait-il en action? A moins qu’il soit censé pro­curer un peu de chaleur aux fumeurs ban­nis par la nou­velle inter­dic­tion. Car après tout, il ne serait pas éton­nant que cette bou­tique poly­va­lente fasse aussi office de bistro…



Mon beau sapin…

La gare de Neuchâ­tel a trouvé une manière inso­lite de met­tre sa déco­ra­tion de Noël à l’abri des van­dales. Le hall cen­tral est en effet orné d’une série de sap­ins en pots, généreuse­ment parés de guir­lan­des lumineuses…suspendus au pla­fond ! Si on ne lève pas les yeux, on ne les remar­que même pas. Et si d’aventure on les lève, l’effet pro­duit bal­ance un peu entre « Alice au Pays des Mer­veilles » et la cuite de fin d’année !  
A pro­pos de sapin… Nous avons une fois encore com­mandé notre arbre de Noël via internet, auprès d’une pépinière de la région. D’ordinaire, un lutin dis­cret venait poser le végé­tal sur le palier, sim­ple­ment enveloppé dans un filet. Mais cette année, c’est la poste qui fai­sait la livrai­son. Ainsi, nous avons trouvé der­rière la porte un énorme car­ton allongé, avec notre adresse col­lée dessus. Un peu per­plexes (nous avions com­mandé un petit sapin, et non un géant d’un mètre quatre-vingt… Le Père Noël était-il com­pris dans le lot?), nous l’avons ouvert et après bien des efforts et des aigu­illes répan­dues, nous y avons vu… un grand vide, avec, tout au fond, un sapin qui sem­blait minus­cule… On essaie de faire écologique en pro­posant des pro­duits de prox­im­ité, et on gâche tout avec l’emballage ! 
Pour clore le chapitre, ajou­tons encore de grands épicéas styl­isés peints sur les vit­res d’une mai­son de Vil­lare­pos. Une déco­ra­tion très con­tem­po­raine sur une villa très con­tem­po­raine aussi, qui con­trastait avec le reste du vil­lage truffé de fer­mes tra­di­tion­nelles. Ils s’accompagnaient de man­chots trans­par­ents ren­fer­mant des cor­dons lumineux entrelacés. Avec le froid qu’il fai­sait, ils devaient être les seuls à rigoler…  Joyeux Noël ! 


Des coqs au rayon cosmétiques

Samedi matin dans un super­marché de la ville. Le char­iot est plein, ne reste plus qu’à passer au départe­ment cos­mé­tiques. Tan­dis que je par­cours les rayons, à la recherche de kleenex et autres den­ti­frices, une voix s’élève depuis les étalages voisins. Un homme, apparem­ment au télé­phone, puisqu’il parle tout seul.  “Com­ment tu as dit que ça s’appelait? Avec une étiquette rose?” Silence. “Je vois que des étiquettes vertes ou vio­lettes… Non, pas de roses! Attends, en voilà une… Antiâge super­lift? Ce n’est pas ça?” Resi­lence. “C’est com­pliqué, il y en 36 sortes!” Nou­veau silence, qu’on sent un peu tendu. “Bon, écoute, je trouve pas. La prochaine fois, tu vien­dras toi-même… Oui, par­faite­ment, tu vien­dras toi-même!” La con­ver­sa­tion s’arrête net. Eti­rant le cou, je coule un oeil dis­cret sur l’orateur. Et je vois deux jeunes hommes, avachis sur leur char­iot (rem­pli de chips et de piz­zas con­gelées, mais ceci est une autre his­toire), l’air éxcédé. Leur impuis­sance face aux pro­duits cos­mé­tiques me laisse songeuse. En effet, ils arborent une peau rigoureuse­ment lisse et bronzée, une crête gom­inée qui ferait rou­gir tous les coqs de la cam­pagne fri­bour­geoise, et même, dirait-on, un peu de crayon noir sous les yeux…



Les fantômes d’Halloween

Tard le soir en Basse Ville. Dans un angle som­bre du trot­toir, deux jeunes garçons s’emploient à imiter Michael Jack­son dans « Thriller », cha­peau à l’appui et lecteur de CD portable à pleins tubes. Drôle d’endroit et drôle de moment pour répéter un numéro, ai-je pensé. Sans par­ler du fait que les garçons en ques­tion étaient bien trop petits pour rester dehors à ces heures. La chan­son arrive à son terme, l’un des enfants s’effondre con­scien­cieuse­ment sur le bitume. Arrive un troisième lar­ron, cos­tumé en…squelette, dont les os luisent dans l’obscurité. L’effet est assez sur­prenant. Il apos­tro­phe une pas­sante, d’une petite voix qui con­traste de manière comique avec son déguise­ment effrayant. C’est à ce moment-là que je réalise : nous sommes le soir d’ Hal­loween ! Dans le quartier, plusieurs cit­rouilles évidées rica­nent et des bou­gies trem­blot­tent sur les rebords des fenêtres pour éloigner fan­tômes et mau­vais esprits de sor­tie cette nuit-là. D’ailleurs, dans le bus, les gens arbo­raient un peu des têtes de déter­rés (les néons ne sont décidé­ment pas flat­teurs)… Le seul fan­tôme que j’ai finale­ment côtoyé était notre ami le renard, habitué du jardin, qui n’a pas cessé de glapir tout près de la mai­son. Peut-être parce que nous lui avions laissé les restes d’une…tête de moine. Bouh!

(NB : tête de moine: fro­mage suisse fab­riqué dans le Jura bernois)