Tumbler!

Une maman et son très petit garçon lon­gent le chemin bor­dant notre chantier de fouilles. Chemin tout encom­bré par diverses machines que nous util­isons pour creuser les secteurs, accélérer les déca­pages, déplacer les tas de déblais ou reboucher les trous. “Regarde, chéri, ce sont les mêmes que ton papa utilise au tra­vail! Tu sais com­ment elle s’appelle, celle-ci?” lui demande-t-elle en désig­nant le véhicule à gros pneus et benne bas­cu­lante que nous nom­mons famil­ière­ment “dumper”. Le petit garçon annonce alors fière­ment, et sans l’ombre d’une hési­ta­tion: “Ouais, c’est un tum­bler!” Rien à essorer ici cepen­dant, à part peut-être nos vête­ments de tra­vail détem­pés par la pluie et la boue du début de l’hiver…

Là où naissent les fournitures de bureau

Souvent je me suis demandée d’où prove­naient les tableaux qui gar­nissent les murs des bureaux com­mer­ci­aux ou admin­is­trat­ifs (assur­ances, ban­ques, office des pour­suites, …etc) ; tableaux qui con­sis­tent générale­ment en médiocres repro­duc­tions de pein­tures célèbres ou en trucs semi abstraits par­faite­ment anonymes. Réponse: de cat­a­logues spé­cial­isés dans l’aménagment des bureaux! On y trouve absol­u­ment tout, des meubles aux plaques de WC en pas­sant par les agrafes trom­bone, la machine à café, les jou­ets pour la salle d’attente, la fontaine orne­men­tale et les plantes vertes (vraies ou fausses)! La ten­dance actuelle sem­ble d’ailleurs à une cer­taine fan­taisie, voire car­ré­ment aux créa­tions de design­ers. Ainsi, on pro­pose des stores ou des dossiers de couleurs vives, des fau­teuils Voltaire en plex­i­glas, des par­avents très chics et même une table “zen” avec couche de sable à ratisser! Du coup, ques­tion fon­da­men­tale: pourquoi dans les bureaux que je fréquente chaque jour, les classeurs et les armoires restent-ils donc désepéré­ment gris, les fau­teuils noirs, la déco­ra­tion austère?

De l’imagination des archéologues

Vu l’inévitable frag­men­tar­ité des ves­tiges, matière pre­mière de son tra­vail, une des qual­ités fon­da­men­tales de l’archéologue doit être l’imagination. Mais atten­tion, bien dosée et judi­cieuse­ment placée! Et pour­tant, même ainsi, il arrive de se tromper lour­de­ment. Exem­ple: une plaque oxy­dée de bleu turquoise, ornée de motifs géométriques, trou­vée bien entendu hors con­texte. La tour­nant et la retour­nant dans ma main, la soupe­sant, recon­sti­tu­ant men­tale­ment ses par­ties man­quantes, je l’identifie finale­ment comme un pec­toral, une plaque de cein­ture ou un orne­ment de four­reau en bronze, prob­a­ble­ment d’époque romaine ou médié­vale. Quoiqu’avec une cer­taine pru­dence, n’en ayant jamais vu de com­pa­ra­ble. Et pour cause… Il s’agissait en fait d’un objet tout ce qu’il y a de plus mod­erne. Un élé­ment de mise à terre de para­ton­nerre en cuivre! Quelle déception…

Sauvons le monde

Coup de coeur pour une col­lègue de tra­vail, déjà bonne fée des plantes vertes de nos bureaux, sur­prise en train de trier les déchets à la cafétéria. De son chan­tant accent slave, elle m’avoue timide­ment, comme pour s’excuser: “Vous com­prenez, il faut le faire, il y a telle­ment de détri­tus, telle­ment de pol­lu­tion… Je voudrais sauver le monde.” Ah, Madame, si seule­ment tout le monde pen­sait et fai­sait comme vous!

L’ordinateur du Père Noël

Les fêtes approchent… Les mag­a­sins, les cat­a­logues de vente par cor­re­spon­dance et autres pub­lic­ités se char­gent assez de nous le rap­peler. Dans cette mou­vance, une affiche annonçant le prochain marché de Noël de Mon­treux pro­pose de vis­iter l’atelier, et même le bureau du Père Noël. Aus­sitôt, mon imag­i­na­tion d’ex– gamine s’envole : je vois les entrailles en bois d’un grand chalet nordique, où des mon­tagnes de jou­ets sont fab­riqués et embal­lés par une armée de lutins sous l’oeil atten­tif du Père Noël assis à son pupitre, ten­ant ses reg­istres à la plume d’oie… Mais S., plus mod­erne et tou­jours branché infor­ma­tique, s’exclame: “Wow, le bureau du Père Noël! Je serais curieux de voir son ordinateur!”