Sac à malices
Me voici depuis peu propriétaire d’un sac écologique, réalisé en bâche de camion recyclée. Un objet édifiant, dont le rabat s’illustre d’une calligraphie fragmentaire assez élégante en rouge/noir/blanc, et qui est à la fois unique, agrandissable, imperméable et indestructible. Idéal, quoi. Pourtant, au début, je ne l’aimais pas trop. Il me semblait trop sale, trop trash, trop bruyant (toute la cage d’escaliers de l’immeuble résonnait quand j’ouvrais les velcros pour sortir mes clés), et surtout trop puant: la toile dégageait des relents de graisse de machine qui contaminait tout, à l’extérieur comme à l’intérieur (du sandwich au poudrier!)! A présent, la bête est apprivoisée. Je l’ai définitivement adoptée le jour où, galopant pour attraper le train de Berne* en oubliant de refermer la poche contenant portemonnaie et autres bricoles indispensables, ceux-ci sont restés en place grâce aux puissants velcros cités plus haut…
*Ce sac me mimétise d’ailleurs en Bernoise parfaite : très apprécié en Suisse allemande, il connaît dans cette ville une concentration spectaculaire parmi les 15–40 ans!
Premier biscôme
Le premier biscôme de l’année, ce n’est finalement pas la Dame de Noël* qui me l’a offert, mais… Saint Nicolas lui-même! Remontant la Rue de Lausanne à l’issue de son traditionnel dicours à la cathédrale, il jetait dans la foule ses non moins traditionnels biscômes (avec une belle énergie d’ailleurs pour un vieillard de 99 ans: les locataires du deuxième étage penchés à leurs fenêtres en ont même reçu dans la figure). Et voilà que j’ attrappe à la volée une de ces précieuses friandises! Je la garde bien serrée dans ma main pour la protéger de l’agitation ambiante, tout heureuse et émerveillée comme une gamine! Comme une gamine? Les temps changent, dirait-on… Un père me dépasse, consolant son fils qui râle de n’avoir reçu “qu’un seul biscôme”. Plus loin, un groupe de skinheads miniatures s’en remplissent les poches avec froideur et avidité. En regardant s’éloigner la mitre et le gant blanc (tout teinté de brun), je me sens soudain prise de nostalgie…
* voir chronique du 4 décembre dernier
Le sapin dans la bulle
Sur la Place Vendôme, à Paris, c’est la Suisse qui a été chargée de créer la décoration de Noël: des éléments à connotation hivernale et montagnarde, genre tas de bûches (merci les clichés, mais bon), disposés sous des bulles transparentes. Pas toujours très beau ni très original apparemment, sauf en ce qui concerne le sapin de Noël: tout simple et nu dans sa bulle, il rappelait un peu une boule à neige géante. En voyant sa photo dans le journal, j’ai pensé que cela pourrait être transposé à Fribourg, comme alternative aux sapins publics si maigrement décorés par peur du vandalisme. Protégé par sa bulle, l’arbre ne craindrait plus les déprédations, et pourrait donc arborer les ornements féériques qui lui siéent! En lisant l’article pourtant, j’ai bien vite déchanté: les bulles parisiennes sont en plastique mou, et il a fallu poster un policier pour empêcher les gens de les toucher…
Le sourire de la Dame de Noël
Un soir, 17 heures, sur la route Bulle-Fribourg (via La Roche, là où les villages sont les plus charmants, et les meringues les meilleures). Soudain, toutes les fenêtres des maisons orientées à l’Ouest se mettent à flamboyer, comme si elles étaient en cuivre ou reflétaient soudain les flammes d’un incendie énorme. Du coup, tous les passagers du bus se sont retournés: le ciel derrière le Moléson s’embrasait d’orange, et versait peu à peu dans les dégradés de verts, de bleus transparents, de violets, avec des taches de nuages presque noirs. Tableau superbe qui m’a rappelé une phrase de ma mère, lorsqu’enfant j’admirais les couchers de soleil de fin d’année : “C’est la dame de Noël qui fait des biscômes”. Sereine, je me renfonce dans mon siège. Noël peut commencer!



















