La terre vue d’Andromède

Etant donné la vitesse de la lumière, l’astronome qui observe dans son télés­cope la nébuleuse d’Andromède ne la voit pas telle qu’elle est au moment même, mais… deux mil­lions d’années plus tôt. Ce qui sig­ni­fie aussi qu’ un habi­tant d’Andromède (vert peut-être, ou peut-être pas) nous obser­vant ver­rait la Terre telle qu’elle se présen­tait il y a deux mil­lions d’années! Wow… Je n’avais jamais pensé à la chose sous cet angle. Deux mil­lions d’années, cela nous ramène aux pre­miers hommes, aux pre­miers out­ils… Cela per­me­t­trait de résoudre les nom­breux mys­tères des temps préhis­toriques! Et si le salut de l’archéologie pas­sait par l’astronomie et l’astronautique?

Rien ne change

Enfant, timid­ité oblige, je me trou­vais sou­vent vic­time de l’arrogance des autres enfants, qui affir­maient la supéri­or­ité de leurs jou­ets, de leurs habits ou de leur physique. J’enviais les adultes car je les croy­ais à l’abri de ces chi­caner­ies. Les années pas­sant, force me fut de con­stater le con­traire! Ils se van­taient par exem­ple de la puis­sance de leur voiture, de leurs vacances loin­taines ou encore de leur posi­tion hiérar­chique au tra­vail. Je me con­so­lais alors en pen­sant que les vieilles per­son­nes, par­v­enues avec l’âge à la sagesse et à la sérénité, vivaient entre elles en bonne entente. Quelle erreur, à nou­veau! J’en ai encore eu la preuve il y a quelques jours, lorsque j’ai entendu, effarée, un groupe de retraitées se van­ter mutuelle­ment… les mérites de leurs petits-enfants! Soupir…

Métabolismes

Pause de l’après-midi au chantier. En guise de goûter, les filles de l’équipe dégus­tent des fruits, et boivent une tasse de thé ou de tisane (sans sucre). Les hommes quant à eux ingur­gi­tent force chips, bis­cuits et choco­lat, le tout copieuse­ment arrosé de coca… Sans que leurs abdom­inaux don­nent le moin­dre signe de faib­lesse. Soupir d’une col­lègue: “Ce n’est tout de même pas juste: ce sont eux qui man­gent, et c’est nous qui grossis­sons!” Elle a rai­son. Il serait grand temps de revoir ces métab­o­lismes qui remon­tent sans doute aux temps préhis­toriques, durant lesquels les hommes devaient rester sveltes pour pou­voir courir après le renne agile ou fuir devant le mam­mouth en furie, tan­dis que les femmes stock­aient la moin­dre calo­rie pour favoriser leurs grossesses. Surtout dans une équipe d’archéologues, pas vrai?

Porte-bonheur

On envis­age de sup­primer la bonne vieille pièce de 5 cen­times, paraît-il! Je parie que du coup, tous les prix vont grimper au franc supérieur, et bon­jour l’inflation… Par con­tre, il sem­blerait que la pièce de 1 cen­time soit non seule­ment tou­jours val­able, mais régulière­ment frap­pée. Etrange, vu qu’elle n’est plus guère util­isée. Voici l’explication: ce sont les con­fiseurs suisses qui en achè­tent des car­gaisons, pour gar­nir le dos des clas­siques petits cochons porte-bonheur en masse­pain rose!

Chronique BD : Odyssée post-mortem

Victor Tourterelle vient de mourir. Il s’est brisé le cou dans sa salle de bain en marchant sur un jouet de son fils. Réduit à l’état de squelette par­lant et pen­sant, il réémerge soudain au cœur d’un univers lunaire, flot­tant, fait de déserts et de grandioses îlots archi­tec­turaux. Un univers peu­plé d’autres squelettes, dont un étrange fac­teur à vélo, et dont la plu­part sont aussi résignés que rafis­tolés (du reste, notre héros devra bien­tôt rem­placer sa calotte crâni­enne par un dessus de moulin à café) : ils trompent leur ennui en avalant des demis de mer­cure ou d’acide chlorhy­drique en atten­dant le prochain « jerrican-surprise » ! Là-bas, le café, ultime relique du monde ter­restre, est devenu liqueur sacrée dis­pen­satrice de visions. Mais Vic­tor, rebap­tisé Mardi Gras-Descendres, refuse d’accepter sa con­di­tion: puisque ses ques­tions restent sans réponse, il sème le trou­ble, emmêlant les tib­ias et dis­per­sant les vertèbres… Ce qui lui vaut d’être envoyé à l’asile. Il y est bien­tôt kid­nappé par une société secrète, dont le chef veut exploiter les tal­ents de car­tographe de Mardi-Gras. Ceci afin de dresser enfin la carte détail­lée de ce monde mys­térieux où ils se trou­vent et dont ils ne savent que le nom : Pur­ga­toire. Tâche titanesque que notre héros doit rem­plir en échange de son âme, préal­able­ment recueil­lie dans une petite fiole. Acculé, Descen­dres se met donc à la tâche : il entre­prend un voy­age fan­tas­tique à bord d’une nef volante, à grands ren­forts de café…
Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette bande dess­inée est d’une orig­i­nal­ité à toute épreuve, autant par l’intrigue que par le graphisme : un noir et blanc sophis­tiqué, qui dépeint bien le vide glacé de ce sur­prenant Au-delà où flot­tent les bateaux et les cathé­drales goth­iques. Il évoque à mer­veille la pous­sière, les étoiles, les enchevêtrements des foules osseuses. Liberge parvient même, tout en restant nat­u­ral­iste, à ren­dre les squelettes aussi indi­vidu­els qu’expressifs. On lit comme un roman ce récit rocam­bo­lesque où l’humour côtoie l’absurde et le trag­ique, per­son­nifiés par un Des Cen­dres tou­jours attachant. Une pure mer­veille, dont on attend l’ultime épisode avec impa­tience, Sainte Pourriture !

Eric Liberge : Mon­sieur Mardi-Gras Descen­dres. Edi­tions Pointe Noire.
1.Bienvenue ! 2. Le télés­cope de Charon ; 3. Le pays des Larmes