Moi et mes fringues

Chaque print­emps, en faisant la révi­sion de mes habits pour la nou­velle sai­son, c’est la même chose. Les pulls et les T-shirts remon­tent soudain der­rière ou sont tout défor­més; les pan­talons devenus trop courts ser­rent à l’entrejambe; les jupes baîl­lent à la taille tan­dis que leur ourlet sem­ble être mys­térieuse­ment remonté d’un cran; les jacquettes zip­pées pen­douil­lent tout en gon­do­lant à la fer­me­ture; les man­teaux sem­blent ou trop vastes ou trop étroits; et plus générale­ment, l’ensemble paraît un brin démodé, en tout cas prodigieuse­ment peu flat­teur… A se deman­der com­ment j’ai fait pour porter tout ça sans honte l’année d’avant! Invari­able­ment, je me retrouve avec l’envie urgente de refaire toute ma garde-robe. Je me rends donc dans les mag­a­sins, l’espoir et la déter­mi­na­tion en ban­douil­lère. Et chaque print­emps, c’est la même chose: je repars sans rien, déprimée par la laideur et le for­mat micro­scopique de la mode pro­posée. Du coup, je remets mes vieil­leries; après tout, elles ne sont pas si mal. Et elles tien­dront bien encore une saison…

Premier lapin de Pâques

L’autre jour à l’arrêt du bus, une fil­lette est venue vers moi pour me mon­trer fière­ment ce qu’elle tenait dans ses bras: “Vous avez vu, Madame, c’est un vrai lapin!” En effet, un joli lapin beige aux longues oreilles, bap­tisé “Boule de poils”. Adorable, et par­faite­ment de cir­con­stance puisque les fêtes de Pâques débu­tent la semaine prochaine. Mais ce qui m’a lais­sée rêveuse, ce n’était pas tant l’animal que sa maîtresse, qui offrait une frap­pante ressem­blance physique avec moi-même il y a de cela à peu près 20 ans (même vis­age aux joues rebondies, même sil­hou­ette un peu ron­douil­larde, même coupe au carré sur cheveux blonds…) ! Mais aux lap­ins, je préférais alors les cochons d’Inde. Vrais aussi, bien sûr.

Ingrédients pour une pièce de théâtre

Comme cha­cun sait, la pièce “Mémoires des plaisirs de bouche” est actuelle­ment sur les planches du Théâtre de la Cité à Fri­bourg (www.tcf.ch). “Fan­taisie gour­mande” entre Venise et Ver­sailles, mémoires d’un pâtissier, elle traite beau­coup de gas­tronomie (la cui­sine est par­fois qua­si­ment faite sur scène). Il est donc sym­pa­thique de faire les courses pour l’alimenter en acces­soires: des têtes de nègre (par­don, au choco) à la douzaine, des huîtres (à manger avant le spec­ta­cle pour n’en con­server que les coquilles), de la farine et de la lev­ure pour fab­ri­quer de vrais-faux kou­glofs, un ananas entier et divers fruits pour décorer, des crevettes, des pâtes, du parme­san, du paprika pour rem­placer le safran, des flo­rentins, des amaretti, du jus de pommes en guise de vin blanc, du jus de raisin en guise de vin rouge, du thé froid en guise de rhum (Rome? Non, Venise!),… etc. Bref, à boire et à manger. Sauf en ce qui con­cerne la crème chan­tilly, qui s’obstinait à retomber avant la fin de la scène: elle a donc été rem­placée par de la mousse à raser. Je plains l’acteur qui doit faire mine de s’en délecter! Bon appétit.

Les chaussures de la honte

Péri­odique­ment, il faut faire ressemeller ses bottes, usées par les kilo­mètres par­cou­rus sur le bitume d’ici et d’ailleurs. Je les con­fie donc au cor­don­nier, et passe les récupérer quelques jours plus tard. En atten­dant que le com­merçant sorte de son ate­lier, qui fleure le cuir et le camem­bert(?), je par­cours des yeux les étagères der­rière la caisse, où plusieurs paires de chaus­sures réparées et dûment éti­quetées atten­dent leur pro­prié­taire. Bizarre, je ne trouve pas les miennes; ne seraient-elles pas encore prêtes? Les seules qui leur ressem­blent vague­ment sont des bot­tines de cuir noir avachies et très défor­mées. Pas à moi, ces hor­reurs, pense-je, vague­ment dégoûtée. Et pour­tant… Le cor­don­nier prend mon ticket, et c’est pré­cisé­ment cette paire-là qu’il me tend. Rouge de honte, je les fourre dans un sac et m’enfuis, tête basse. Eh oui, les kilo­mètres, ça use drôle­ment, et pas que les semelles!

Le discours passe par l’estomac

Vernissage d’une expo­si­tion au Musée d’art et d’histoire. Dis­cours d’inauguration un peu formel des organ­isa­teurs devant un parterre de spec­ta­teurs con­tenus, qui rient ou applaud­is­sent poli­ment aux moments oppor­tuns. A la fin du laïus, on annonce un apéri­tif, avec dégus­ta­tion spé­ciale d’hydromel : c’est alors un vaste mur­mure d’approbation (« mmmh ! »), ter­ri­ble­ment spon­tané, qui dégèle l’assemblée ! Surtout les femmes, m’a-t-on assuré. Mais à mon avis, ce ne sont pas des mains unique­ment féminines qui se sont ruées ensuite sur les ver­res du déli­cieux breuvage… D’ailleurs, je n’en ai même pas eu!