Comment rater son TGV

Nous étions à Paris, savourant un dernier verre dans un café appelé joli­ment “Le chien qui fume”, heureux et fatigués après un fréné­tique week-end de vis­ites cul­turelles et de shop­ping. Et pour une fois, nous avions un peu de temps jusqu’au TGV du retour. Une demi-heure avant le départ du train, nous prenons donc le métro, cav­al­ons un peu dans la foule tou­jours dense jusqu’au hall de la gare de Lyon, l’oeil sur ma mon­tre (celle de S. étant à plat). Cinq min­utes de bat­te­ment, par­fait. Je con­sulte alors le tableau. Notre train n’y fig­ure pas. Etrange, me dis-je, mais peut-être est-ce le lot des trains en par­tance pour l’étranger. Nous par­courons tous les quais, lisons tous les pan­neaux, sans suc­cès: notre train, qui part pour­tant sous peu, n’est cité nulle part. Un doute alors me saisit: je regarde la pen­d­ule du hall. Ou plutôt les nom­breuses pen­d­ules, sou­vent anci­ennes, pen­dues aux superbes voûtes en fer forgé. Mais peine per­due: il n’y en a pas deux qui indiquent la même heure! A croire qu’elles n’ont qu’une voca­tion déco­ra­tive (nous ne sommes pas en Suisse!). Je me décide alors à deman­der l’heure à quelqu’un. Et c’est là que tout s’explique. Notre TGV est déjà parti. Ma mon­tre vient de s’arrêter, il y a exacte­ment 5 minutes.

Vies de squelettes

Ils méri­tent bien une chronique ces mal­heureux squelettes, authen­tiques ou non, dont on se sert tous azimuts pour illus­trer l’anatomie humaine ou faire de l’humour plus ou moins noir. Les trois derniers que j’ai ren­con­trés étaient en effet plutôt mal­menés. Le pre­mier, par­tie inté­grante des rêves d’un ivrogne dans une pièce de théâtre, a perdu une jambe sur scène; depuis, il est uni­jam­biste (la vis qui tenait le mem­bre reste introu­vable). Le sec­ond, util­isé didac­tique­ment sur un stand dédié aux médecines naturelles, s’est vu sim­ple­ment plié et fourré sans ménage­ment dans un cabas Migros à la fin de la journée de vente. Et le dernier, pau­vre hère, dépas­sait d’un car­ton libellé… “Altpapier

Chaos et chocolat

C’est presque du Jacques Tati. Voy­age de Fri­bourg à Berne debout pour cause d’heure de pointe, avec la porte qui me coulisse dans le dos, et des pas­sagers qui s’obstinent à tra­verser le train dans tous les sens pour trou­ver de la place. Nous sommes au coude à coude, avec à peine assez d’espace pour ouvrir un livre, et le train qui tangue sur les rails met notre sens de l’équilibre à rude épreuve. Dans le wagon adja­cent, une foule d’Hindous endi­manchés arrivent en droite ligne de Genève-aéroport. Ils ges­tic­u­lent, cri­ent, s’interpellent à qui mieux-mieux, l’air paniqué. La per­spec­tive d’arriver à Berne, prob­a­ble­ment: voilà qu’à un bon quart d’heure de tra­jet de la cap­i­tale, ils entre­pren­nent déjà de trans­porter leurs volu­mineux bagages près de la porte du wagon, soit là où nous nous trou­vons ser­rés comme des sar­dines! Sans aucun égard, ils halent des valises à coque, des sacs de sport énormes, piéti­nant nos orteils, nous écras­ant encore un peu plus con­tre les parois. Une dame se réfugie dans les WC, aus­sitôt rem­placée par une grosse valise qui lui barre la route. Et les Hin­dous, mag­nifiques dans leurs saris et cos­tumes bien coupés, con­tin­u­ent de crier et de ges­tic­uler. Je jette un regard d’excuse à mon voisin, pra­tique­ment encas­tré dans le marchep­ied. Mais il ne me voit pas: il reste con­cen­tré sur la plaque de choco­lat qu’il garde bien à plat dans sa main ouverte. Arrivée à Berne, enfin. Dans la bous­cu­lade inévitable et mul­ti­cul­turelle qui s’ensuit, la plaque de choco­lat tombe par terre. Le jeune homme la ramasse in extremis avant qu’un pied ne la foule, mais mal­heur: elle est toute molle, fon­due par la chaleur de la paume qui la tenait. A voir la mine désolée de son pro­prié­taire, ce devait être un cadeau, le dessert du soir, peut-être. C’est stu­pide à dire, mais cela m’a fait mal au coeur. Les nerfs, prob­a­ble­ment, après ce tra­jet infernal.

L’étiquette

Il me sem­blait bien que plusieurs per­son­nes souri­aient bizarrement en me croisant. A y voir de plus près, elles dirigeaient toutes leur regard sur le haut de ma jambe gauche. Je fis donc de même, et com­pris: il y avait là, col­léé sur mon pan­talon, l’étiquette de la pomme que je venais de manger à la pause. Une petite éti­quette bleue et blanche, dis­crète, somme toute. Mais qui n’avait pas échappé aux yeux perçants des pas­sants et autres col­lègues. Je ne sais pas com­ment elle est arrivée là, mais finale­ment, ce n’était pas si grave, puisqu’elle m’indiquait comme étant “fresh and crunchy

Adieu tilleul

Une pen­sée émue pour le tilleul des Grand’Places, tombé sous la tronçon­neuse au nom d’un pharaonique pro­jet de con­struc­tion souter­raine. Ce géant feuillu, qui était un véri­ta­ble naufragé sur son îlot en plein car­refour, cerné de toutes parts par le béton et le goudron, offrait une oasis bien­v­enue au milieu du trafic. Au print­emps, un merle y fai­sait même son nid et son chant, au milieu de la cacoph­o­nie urbaine, fai­sait du bien à enten­dre. “De toute façon, cet arbre était malade