Le monstre dans la bibliothèque

Dans la bib­lio­thèque, là-haut sous le toit, il y a un mon­stre. Immo­bile, ses pieds noueux ser­rés dans un pot de terre cuite ridicule­ment petit, il fixe la rue par la fenêtre, ses bras longs et épais comme des cordages enroulés autour d’une poutre, ses mains ovales ten­dues vers la lumière. Il impres­sionne, mais ne ferait pas de mal à une mouche! C’est une plante, nom­mée Dif­f­en­bachia, et une de ses cousines trône sur mon bureau. Beau­coup plus petite, cette cousine-là, mais en dépit de son pot trop étroit, de son manque de lumière, de son arrosage irrégulier, elle sem­ble avoir des ambi­tions sim­i­laires! Elle n’en finit pas de grandir et de fab­ri­quer de nou­velles feuilles, larges comme des raque­ttes. Le futur mon­stre du local C 17?

L’affiche de la discorde

Que va-t-elle faire, cette vieille dame cor­pu­lente dont la robe trop étroite la change en accordéon à fleurs? Elle a ramassé l’affiche d’un spec­ta­cle qu’une main un peu sauvage avait col­lée sur un dis­trib­u­teur de bois­sons, et que la main rageuse d’un com­merçant voisin venait d’arracher et de flan­quer dans la poubelle (alors qu’elle ne déflo­rait même pas sa vit­rine, située à l’opposé). Elle l’a prise, l’a exam­inée, puis l’a pliée soigneuse­ment et s’est dirigée vers la bou­tique du com­merçant iras­ci­ble. Allait-elle la lui ramener? Ou mieux, la coller car­ré­ment sur sa vit­rine? Mais non, elle a grimpé l’escalier de l’immeuble et dis­paru à l’intérieur. Que va-t-elle en faire, de cette affiche? La plac­arder dans le hall, peut-être. His­toire d’irriter le concierge.