Histoire de pain à l’arabe

Pas un chat en basse ville en cette fin d’après-midi domini­cale et plu­vieuse. La tête dans les nuages, j’attends le bus. Soudain, une famille passe. Elle s’arrête un peu plus loin pour se con­certer, en arabe. La mère hausse soudain le ton puis se met à ges­tic­uler dans ma direc­tion en me jetant des regards enflam­més. Je com­mence à me sen­tir mal à l’aise… Mon esprit tourne dans tous les sens pour essayer de com­pren­dre ce qui sus­cite cette réac­tion: mon atti­tude rêveuse n’a rien de choquant, pas plus que ma tenue, jeans et bas­kets ordi­naires en dia­ble. En fait c’est mon cabas, dont la trans­parence plas­ti­fiée laisse voir un pain paysan fraîche­ment acquis, qui a mis le feu aux poudres! La dame s’approche et me demande dans un anglais approx­i­matif où je l’ai acheté. Ouf. J’en ai été quitte pour don­ner l’adresse de la boulan­gerie du coin, ouverte le dimanche.

Ange étrange

Un grand coup de vent bal­aie Pérolles. De l’Ecole d’ingénieurs jusqu’au garage, du garage jusqu’à la Route de la Pis­ci­cul­ture, il éparpille sur le bitume rapiécé des plumes inhab­ituelles: blanches, oui, mais rec­tan­gu­laires, de for­mat A4! Témoignage de joie? De colère? De dis­trac­tion? En tout cas, pas d’ange ni d’ingénieur en vue près de ce tapis mou­vant. Fait explic­a­ble, peut-être, par le sujet de ces pages innom­brables: il s’agit d’un cours con­sacré aux “travaux souterrains”.

Des rapaces de poids

Le clou des fêtes médié­vales cette année était une démon­stra­tion de fau­con­nerie. Les ani­ma­teurs, en tenue pseudo-moyenâgeuse assor­tie à leur dis­cours (“les Vis­i­teurs” ont décidé­ment laissé une indélé­bile empreinte), ont présenté 4 oiseaux: une buse, très habile à raser les têtes du pub­lic ; un superbe hibou grand duc, au regard hyp­no­tique (il paraît que ses yeux virent du jaune au rouge au cours de sa vie, et qu’il peut vivre jusqu’à 35 ans); un fau­con, et même un aigle, à l’envergure de presque 2 mètres (tout nerveux, d’après ses plumes ébou­rif­fées). Le spec­ta­cle avait quelque chose d’iréel. Non seule­ment il est rare d’ approcher des rapaces d’aussi près, mais leur docil­ité sem­blait éton­nante! C’est qu’il y avait aussi un ingré­di­ent mag­ique dans la réus­site de la démon­stra­tion: des pattes de poulet tenues par les fau­con­niers, pour attirer et récom­penser les oiseaux chaque fois qu’ils se posent sur leur gant! A se deman­der com­ment les bêtes ne devi­en­nent pas obèses, à la longue! Quoique: ils étaient tous de belle taille. L’aigle pesait même 4 kilos, il paraît.

Nature sauvage!

Fribourg est en phase de béton­nage forcené. Exem­ple: le chantier des nou­veaux bâti­ments de l’uni, boîtes à chaus­sures de verre et de beige entourées par de mag­nifiques esplanades de goudron toutes nues. Une vraie rôtis­soire les jours de grosses chaleurs. Un désert noir. Ce n’est pas que la ver­dure ait été oubliée: on a mis des arbres le long des façades. Alignés comme des sol­dats maigri­chons, leur tronc planté dans un petit carré de terre bien régulier découpé à l’emporte-pièce dans le bitume. Des fan­tômes d’arbres, qui finis­sent par ressem­bler à des acces­soires en plas­tique dans une maque­tte géante. Pour­tant, la chaleur et les orages de l’été ont changé ces car­rés, si minus­cules soient-ils, en prairies minia­tures. Des touffes hir­sutes vert intense, avec des hautes herbes, des gram­inées, des plantes, des fleurs! C’est comme une petite revanche de la nature sur tout ce béton. Ca fait du bien!

Les zarégnés

Drôle de rap­ports, entre les araignées et moi. Et ce depuis ma plus ten­dre enfance. D’une part, je nour­ris une sorte de crainte et de dégoût incon­trôlables pour ces huit pattes qui tri­co­tent dans tous les sens. Com­bien de mau­vaises nuits ai-je passées lorsqu’un arach­nide un peu trop gros partageait ma cham­bre (surtout en le retrou­vant collé à la mous­ti­quaire, ou sor­tant de mon pyjama plié)! L’autre jour, cauchemar inté­gral, j’ai failli poser la main sur une grosse tégé­naire (poilue) instal­lée sur la rampe de l’escalier… Par con­tre, con­traire­ment à la plu­part des arachno­pho­biques, pas ques­tion d’écraser la bête: ce doit être le gène ento­mologique de la famille. Pour m’en débar­rasser, mon arme préférée reste le gob­elet à yogourt fermé (en trem­blant) avec une feuille de car­ton, et hop, par la fenêtre! Mieux, je prends plaisir à les observer, à dis­tance respectable, admi­rant les dessins de leur corps tout rond, leur habileté à tisser leur toile ou à emballer leurs proies. Je me suis même prise d’amitié pour cer­taines d’entre elles: par exem­ple, la petite épeire diadème qui a élu domi­cile sur le bal­con cet été, et dont je con­tinue de casser la toile sans le vouloir. C’est qu’elle la fait un peu n’importe où: entre la chaise et la table, entre le palmier et la blouse mise à aérer… L’autre jour, en me bais­sant pour cueil­lir des feuilles de men­the dans un bac, je me suis pra­tique­ment pris la fig­ure dedans, sa pro­prié­taire en prime. J’ai eu un sacré choc, bien sûr. Mais je pense qu’elle aussi, pen­due paniquée au bout de ses fils déchirés. Imag­i­nons donc cela: une grosse masse rose sans poils, qui n’a que deux yeux et 4 pattes… Quelle horreur!