Souvenirs de Gruyères

Gruyères, petit bijou médié­val juché sur une colline près de son château. Pour l’amour des vis­i­teurs, asi­a­tiques sou­vent, on cul­tive avec une naïveté bon enfant “l’authentique” et “le ter­roir”. Autrement dit, on pro­pose surtout de la poterie à pois, des meringues, de la fon­due au vacherin, de la crème dou­ble, et des bricelets que l’on fab­rique presque en direct (fer à l’appui). Les bou­tiques sont mignonnes, le cadre aussi, et ça sent bon dans la rue. On en repart tout rafraîchi. Au pied de la colline, la “Mai­son du gruyère” sem­ble vouloir pro­longer la balade. Par une grande baie vit­rée, elle dévoile ses caves d’affinage où mûris­sent des dizaines de meules. Appétis­sant spec­ta­cle mal­gré un excès d’inox. Mais voici le fro­mager: c’est un robot en forme de char­iot, qui saisit les meules, les retourne et les brosse cha­cune à son tour. Franche­ment, ça casse un peu l’ambiance…

Grosse bise

La bise. Elle nous gèle le crâne, les oreilles, s’engouffre sous le col de la veste. Du coup les pas­sants ont des allures de pin­gouins, marchant tout emmi­touf­flés, les mains dans les poches et la tête ren­trée dans les épaules! Mais elle ne malmène pas que les humains: elle arrache aux arbres leurs dernières feuilles qui retombent en crissant sur le bitume et filent se blot­tir dans les coins; elle soulève la pous­sière en nuages, dis­perse les détri­tus des poubelles, effeuille les jour­naux page par page; elle fait cla­quer les volets les plus lourds; les vélos bas­cu­lent les uns sur les autres comme des domi­nos. C’est un grand coup de balai aérien. Les can­ton­niers sont dés­espérés! Mais sous le pont, indif­férents à la météo, un groupe de canards flotte placide­ment. Points noirs qui con­clu­ent avec à pro­pos ce jour de froid…de canard.

Le Grittibänz

Le pre­mier “Grit­tibänz” de la sai­son, il n’a pas fait long feu. A peine sor­tie du mag­a­sin, je lui ai d’abord cro­qué les jambes, puis les bras, puis le torse, et enfin la tête. Il n’a pas bronché, restant stoïque jusqu’à la fin. Depuis l’enfance, j’adore sa sil­hou­ette rebondie, sa chair moelleuse, son goût un peu sucré… Un délice. Pas ques­tion de can­ni­bal­isme cepen­dant. Le “Grit­tibänz”, c’est sim­ple­ment un bon­homme en pâte, avec des yeux de raisins secs. En schwytzertütch.