De la relativité du temps en archéologie
Une salle lumineuse dont les grandes tables sont recouvertes par une véritable mer de tessons de céramique dans tous les tons de gris-brun et de beige-orange. Des tessons datant du Second Age du Fer (La Tène pour les intimes). Voici à quoi ressemble mon nouveau bureau. L’autre jour, un homme chargé de contrôler les alarmes anti-incendies est entré. Il s’est penché avec intérêt sur ces petits fragments de notre passé et m’a demandé innocemment: ” C’est vieux?” “Non, pas très”, lui ai-je répondu tout aussi innocemment, “fin du premier siècle avant J.-C., juste avant les Romains”. L’homme a ouvert des yeux tout ronds. “Wow, c’est vachement vieux!” Sa réaction m’a déstabilisée un instant. En y repensant, en effet, ça fait quand même 2000 ans. C’est que les archéologues, habitués à jongler avec les millénaires, tendent à ne considérer comme “vieux” que les vestiges des époques les plus anciennes, Paléolithique et Mésolithique. Du coup pour eux, l’Age du Fer, l’Epoque Romaine, c’est pratiquement hier. Comme quoi le temps est bel et bien relatif, et qu’il y a plus d’une manière d’en perdre la notion!
L’écureuil insomniaque
Ces derniers jours, malgré la neige et le froid qui persistent, il y avait dans l’air un je-ne-sais quoi de printanier. Une soudaine bouffée de vent tiède qui ranime les odeurs de la terre et de la forêt, les oiseaux qui recommencent à chanter, et ce matin, un écureuil roux très actif. Un peu désorienté, mal réveillé peut-être, il tournait en rond sur le trottoir, nez au sol comme s’il cherchait quelque chose. Il était si affairé qu’il n’a remarqué ma présence que lorsque je me suis trouvée à moins d’un mètre de lui. Hésitant alors entre grimper sur un arbre proche et traverser la rue, il s’est jeté en droite ligne sur le Boulevard de Pérolles! Par bonheur, il y avait justement une pause dans le trafic du samedi matin. La petite boule de poils au grand panache rouge a atteint sans encombre l’autre côté et s’est enfoncée dans un fourré. Ouf! Car rien n’est plus triste que ces écureuils imprudents qui gisent trop souvent écrasés au bord de la route.
La chasse aux jeans
C’est les soldes. Me voici repartie en chasse pour trouver une paire de jeans. L’exercice n’est pas aussi facile qu’il en a l’air, malgré les montagnes de toile bleue, plus ou moins délavée et plus ou moins usée, qui remplit les magasins. Car la nature m’a conféré une silhouette peu compatible avec les standards des coupes actuelles, systématiquement trop serrées aux cuisses et trop vastes à la taille. De guerre lasse, je suis allée dans une boutique de mode grandes tailles, en espérant que là, les proportions des jeans seraient peut-être différentes et me siéraient mieux. Peine perdue: je flottais littéralement dans tous les modèles proposés. “Ce sont les plus petites tailles!”, a gémi la vendeuse, désolée. Ainsi, je n’ai pas trouvé de jeans, mais suis repartie avec le moral tout remonté: ce n’est pas souvent que j’entends ça!
La soutane (bis)
L’homme à la soutane est revenu (voir chronique du 19 juillet 2005)! Cette fois, je l’ai aperçu chez… H&M, en train d’essayer un manteau d’hiver. Un manteau long, noir et cintré bien sûr. Hélas pour lui, ce modèle n’existe qu’au rayon femmes, et dans des tailles défiant toute largeur d’épaules masculines, même menue… Il est donc reparti tout dépité, sous l’oeil incrédule d’une jeune vendeuse largment dénudée au niveau du nombril! Poilant. Et moi qui croyait qu’il existait des catalogues de confection spéciaux pour les hommes d’église, où, à l’instar des agriculteurs ou des menuisiers, ils pouvaient acheter tous leurs “vêtements de travail”!
Vieille peau!
Etrange, cette perfidie spontanée qui peut surgir entre deux femmes, même lorsqu’elles ne se connaissent ni d’Eve ni d’Adam. Exemple lors d’un récent passage en parfumerie afin d’ acheter un baume pour le contour des yeux (zone fragile et sensible s’il en est, surtout passé le cap de la trentaine, soupir). La vendeuse, dix-huit ans à tout casser sous son épais mascara noir, me propose en sus des échantillons de produits de beauté. Je demande à essayer une crème pour le visage dans une marque qui m’intéresse. Elle plonge sous son comptoir, et après un échange de monnaie et de sourires, je repars avec mon petit cornet. Arrivée à la maison, je vide ce dernier sur le bord du lavabo et découvre des échantillons…de crème antirides! De là à me traiter de vieille peau, il n’y a qu’un pas. Un pas aussi petit que le tube.