L’étrange voleur

Un cycliste en pleine course qui venait de crever devant le cen­tre com­mer­cial? Un fétichiste de la couleur bleue? Un artiste errant, son chef d’oeuvre inachevé à la main? Une clé lasse de grin­cer dans sa ser­rure? Une vieille dame anglaise assoif­fée de thé? Je me demande qui était l’étrange klep­tomane qui, samedi dernier, a volé le sac pendu au cro­chet de notre cad­die. Il con­te­nait en effet le fab­uleux butin suiv­ant: deux cham­bres à air de vélo, une vieille jaque­tte bleue, du fix­atif en bombe pour dessins au pas­tel, un fla­con d’huile uni­verselle et une tasse en porce­laine à motif de fleurs roses.…

Gastéropodes gastronomiques

La pre­mière fois que j’ai mangé des escar­gots, ou plutôt, un escar­got (il s’agissait de nou­velle cui­sine), c’était par erreur: ayant mal lu le menu inter­minable d’un repas de bap­tême, je l’avais pris pour un gros champignon. Même sa con­sis­tance caoutchou­teuse ne m’avait pas mis la puce à l’oreille! Quant à son goût, il ne m’a laissé aucun sou­venir durable. J’ai voulu reten­ter l’expérience, en toute con­nais­sance de cause cette fois. L’autre soir, j’ai donc pris un escar­got garni de vert beurre aux fines herbes (un peu rance d’ailleurs). Mais erreur suprême, au lieu d’avaler la bête d’une seule bouchée, je l’ai cro­quée par la moitié. Et me suis retrou­vée nez-à-nez avec une artère béante qui dépas­sait de sa chair élas­tique, ren­due grisâtre par la cuis­son. Du coup, la bouchée entamée n’a pu descen­dre qu’à grands ren­forts de beau­jo­lais, tan­dis que le dernier morceau restait sur l’assiette. Côté goût, tou­jours rien à sig­naler. Mais cette fois-ci était prob­a­ble­ment la dernière!

Les grandes eaux

C’est le déluge dans le can­ton de Fri­bourg. Les seaux déver­sés par le ciel s’accumulent dans la terre qui les régur­gite de partout. Les caves se rem­plis­sent, les champs se changent en lacs, les riv­ières quit­tent leurs lits, les grilles d’égouts lan­cent des gey­sers brunâtres, les routes devi­en­nent miroirs liq­uides. Le ter­rain glisse, allant jusqu’à faire dérailler le train. L’air résigné sous la visière de leurs casques, des pom­piers tout bardés d’imperméable sur­veil­lent l’armée de pom­pes qui tour­nent à plein régime. Une pan­carte “A ven­dre” flotte ironique­ment sur l’eau d’un verger inondé. Les seuls à se réjouir sont les canards, qui ont investi sans tarder tous ces nou­veaux étangs! Et peu importe si leurs pattes en touchent le fond.