Zürich au printemps

Dans la Bah­nof­s­trasse, les vit­rines des grands cou­turi­ers présen­tent des chif­fons informes; la haute cou­ture ne fait décidé­ment plus rêver. C’est aussi ce que doit penser ce vieux man­nequin en bois au coeur du marché aux puces, exposé entre un vélo rouillé et un fau­teuil Voltaire. La foule se presse à la ter­rasse de chez Sprüngli pour déguster de minus­cules tranches de gâteau hors de prix. Tra­ver­sée sym­bol­ique de la Parade­platz, mythe du Monop­oly. Une façade de la vieille ville s’orne de para­pluies dorés et d’un chameau. Dom­mage que les vit­raux de Cha­gall soient inac­ces­si­bles pour cause de travaux (un pan­neau l’explique même en japon­ais). Dans le jardin botanique tapissé d’ail des ours, un geai s’envole à quelques pas de nous; des gens lisent sur des chaises de bois à l’ombre des bam­bous et des orangers en fruits. Puis nous lon­geons un canal où un par­cours d’exercices asi­a­tiques, pho­tos kitsch à l’appui, pro­pose de remet­tre d’aplomb les busi­ness­men stressés. Lorsque le soir tombe, le lac prend des teintes d’aquarelle. Les arbres sous lesquels nous pas­sons ont des frondaisons immenses comme des tentes de cirque, et l’eau qui baigne les bateaux dans le port de plai­sance est toute pois­seuse de pollen jaune. Le long des rives, une fontaine en forme de grosse boule rose déborde tran­quille­ment. C’est le moment de ren­trer. Dans le hall de la gare, la Nana de Niki de Saint Phalle nous fait un dernier signe de la main.

Les chats de la cathédrale

Juste en face de la cathé­drale de Fri­bourg, une petite galerie d’art hébergeait  il y a peu la faune en céramique poé­tique de Shoshana Kneubühl.  Ce sont les chats qui m’ont plu le plus: avec leurs vis­ages jouf­flus, leurs formes arrondies, leur pelage aux couleurs oniriques, ils sem­blaient tout droit sor­tis d’un conte.  En vit­rine, un matou était d’ailleurs plongé dans un livre, et au sous-sol, le chat botté restait sus­pendu au milieu d’une large enjam­bée. J’aurais bien voulu en adopter un, mais hélas ma bourse ne voulait rien savoir.  D’autres vis­i­teurs plus argen­tés s’étaient déjà servis, lais­sant dans les rangs félins des trous ornés d’un point rouge. L’un d’eux devait être un farceur, puisqu’à la place de la stat­uette, à côté de l’étiquette numérotée, il avait posé…un cen­drier. Juste au-dessus, dans une niche creusée dans le mur médié­val blanchi à la chaux, un gros chat vieux rose riait de toutes ses dents. Apparem­ment, lui aussi trou­vait ça drôle.