Bucoliques
Coup d’oeil sur la campagne fribourgeoise depuis le train de 7 heures. Elle baigne dans une lumière d’or, sous un ciel garni de nuages blancs et ardoise en forme de chou-fleur qui rappellent les tableaux romantiques. Comme les foins sont faits, les champs coupés court se parsèment de bobines de paille bien régulières. Le filet de plastique qui les emballe reflète même le ciel, leur donnant un éclat bleuté! Un chat noir assis au bord du chemin semble méditer sur ce prodige. Arbres touffus, bosquets, murets: il y a un peu d’Angleterre dans ce paysage vallonné. Puis quelque chose bouge. Sautille, même. Ce sont les oreilles d’un lapin de Garenne qui dépassent d’un champ de blé! Plus loin, un gros homme chauve promène un gros chien plein de poils (un berger des Pyrénées); rêve-t-il de se coiffer comme son patron pour se rafraîchir? Ils tanguent un peu l’un et l’autre. Une chose est sûre, la journée sera chaude! Prochain arrêt, Estavayer.
Alerte à la bouilloire
Même en été par 30 degrés (comme c’est le cas actuellement), je m’obstine à boire du thé chaud. Ce doit être mon côté anglais! Ainsi, la première chose que je fais en arrivant au travail le matin, c’est de cuire de l’eau dans une petite bouilloire. Un objet fort sympathique au demeurant, puisque ses rondeurs de métal brillant la transforment en un véritable miroir sphérique qui reflète la cuisine à la manière d’Escher. Mais elle se révèle aussi très efficace: le sifflet vissé sur son son bec verseur signale l’ébullition sans trève ni pitié. Pratique lorsqu’on a son bureau loin de la cuisine et qu’on est comme moi un peu distraite… Le sifflement est même si puissant que l’autre jour, il a donné des palpitations au concierge: le pauvre homme est accouru tout inquiet, croyant entendre une alarme!
Amère pizza
Ils sont toujours un peu difficiles, les retours de vacances, et pas seulement parce qu’il faut reprendre sa routine et retourner au boulot. Retrouver les us et coutumes de son pays peut aussi s’avérer un choc. Durant tout notre séjour en France, les repas même les plus simples nous avaient toujours été servis avec sourire, chaleur, et souvent un aimable brin de causette. Un vrai sens de l’accueil qui augmentait encore les plaisirs de la table. Quel contraste avec ce souper pris récemment dans une pizzeria fribourgeoise! Un serveur impassible nous jette pratiquement la carte des menus au visage, le patron nous apporte les mauvaises pizzas puis les reprend sans un mot d’excuse, avant de nous demander en aboyant si l’on veut ou non un café. Nous n’avons eu qu’une envie: partir sitôt l’addition payée, et ne plus revenir. Du coup, la pizza nous est restée sur l’estomac, mais aussi un peu sur le coeur.
Souvenirs de vacances à vélo(4): chez l’”artisan sucrecuitier”
Un vrai rêve de gosse. Une confiserie avignonnaise à l’ancienne dont la vitrine débordait de fruits confits (du cédrat à la clémentine entière) et d’olives en sucre. A l’intérieur, des armoires en bois offraient des boîtes de calissons de toutes les tailles, des monticules de “navettes” (biscuits sablés) parfumées à la fleur d’oranger, à la vanille ou à l’anis, des bassines de chocolat en morceaux, des bonbons et sucettes multicolores empilés en véritables petits silos, des barquettes de fruits en massepain, etc… Jamais magasin n’avait si bien porté son nom: “La cure gourmande”, chez “l’artisan sucrecuitier”! Derrière le comptoir de style rétro, je m’attendais assez logiquement à voir une grand’maman débonnaire en tablier. Mais c’était un jeune homme gominé, stylé, que j’aurais trouvé plus à sa place dans une boutique de fringues branchée ou un salon de coiffure à la mode! Un peu discordant à l’oeil, mais qui sait, peut-être était-il malgré sa maigreur un grand gourmand?
Souvenirs de vacances à vélo(3): arènes pour chiens
Arles. Une ancienne cité romaine aux vestiges bien conservés: théâtre, thermes, et surtout arènes. Plus modestes que le Colisée, bien sûr, mais impressionnantes tout de même avec ses rangs d’arcades superposées, rythmées par des colonnes corinthiennes (oui, celles qui portent un chapiteau de feuilles d’acanthe). Une restauration soignée est d’ailleurs en train de leur rendre leur panache, remplaçant la pierre rongée et noircie par un beau calcaire jaune pâle qui brille littéralement sous le ciel bleu. Les vomitoria antiques portent maintenant les écriteaux verts “sortie de secours”. C’est que l’amphithéâtre sert de salle de spectacles estivaux. Théâtre, musique, danse. Plus de gladiateurs ni de combats d’animaux: les seuls fauves qui fréquentent désormais l’endroit, outre les taureaux en peluche vendus dans les boutiques de souvenirs alentour, sont les chiens arlésiens, qui semblent se donner rendez-vous au pied du monument pour leurs balades quotidiennes .