Souvenirs de vacances à vélo(2): bienvenue en Camargue

Etrange région que la Camar­gue. Elle se barde de clô­tures en fil de fer bar­belé et de pan­neaux menaçants qui annon­cent aussi bien “Défense d’entrer”, “Pro­priété privée” que “Chasse gardée”. Ce qui sem­ble un peu absurde, puisqu’à perte de vue, on ne voit que de vastes prés marécageux alter­nant avec des champs de blé ou des riz­ières, des haies de roseaux ou de buis­sons bas: un vrai désert de ver­dure et d’eau! Seuls signes de vie, quelques chevaux blancs, des vaches noires farouches, des aigrettes, des libel­lules. On ose à peine s’arrêter à l’ombre d’un arbre joux­tant un mas isolé, de peur de se ramasser un coup de tromblon! C’est que le soleil tape dur pour les cyclistes sur la petite route asphaltée, les réserves d’eau fondent très vite. Le marc­hand de bois­sons le plus proche est à 20 kilo­mètres. Il nous a pro­posé de boire…un ver­rre de muscat.

Souvenirs de vacances à vélo(1): drague au pont du Gard

L, fameux aque­duc romain du Sud de la France, ne fait décidé­ment pas son âge (soit presque 2000 ans). Il a tra­versé le temps quasi intact, ses arches de cal­caire jaune enjam­bent les gorges du Gar­don avec grâce comme un ruban de den­telle. C’est aussi un mon­u­ment très pop­u­laire, à en juger par la foule bigar­rée qui défile en per­ma­nence à ses pieds: touristes, classes d’écoliers ou gens du cru, dont beau­coup prof­i­tent de la riv­ière en se baig­nant ou en faisant du kayak. Mais tous n’ont pas le regard levé vers les détails de la maçon­nerie antique, pour­tant grandioses. Car le pont sem­ble être un lieu de drague priv­ilégié pour les jeunes Provençaux! Et de déam­buler torse nu, la démarche chaloupée, cig­a­rette au bec, lunettes noires sur le nez, à l’affût des jeunes et jolies vis­i­teuses en shorts. La défor­ma­tion pro­fes­sion­nelle aidant, je me suis prise à rêver, me deman­dant si les jeunes Romains, à l’époque de Claude et de Néron, fai­saient déjà de même. La cig­a­rette et les lunettes noires en moins, bien entendu. “Salut beauté, tu viens boire un gob­elet à la tav­erne et faire un tour dans mon char?” Per­sonne n’a com­pris pourquoi je riais toute seule.