Libre!
Libre, je suis libre! Je possède désormais un abonnement général, qui m’ouvre les portes des trains, bus et bateaux dans (presque) toute la Suisse! Adieu la queue au guichet et les crises contre les distributeurs de billets qui ne rendent pas la monnaie, adieu le fastidieux timbrage des cartes multicourses! A moi les excursions à Saint Gall (enfin voir la bibliothèque!), au Tessin, à IKEA ou aux Ponts-de-Martel! Bref, c’est formidable. Et puis, ça m’évitera aussi quelques épisodes gênants. L’autre jour, dans le train, j’ai voulu débarrasser la fourre de mon abonnement demi-tarif de tous les vieux tickets périmés qui la faisaient craquer aux entournures. Malheureusement, dans mon enthousiasme, j’ai aussi jeté le billet de mon voyage du moment. La honte, quand il a fallu aller en repêcher les morceaux déchirés dans les entrailles repoussantes de la poubelle, pour les présenter au contrôleur…
Sur un air de jazz
Genève, Place du Bourg de Four. Un petit groupe de musiciens de rue joue un jazz entraînant. Bien que ce soit l’heure du dîner, de nombreux passants s’arrêtent un moment pour les écouter. Et chose assez inhabituelle, il y en a même qui dansent. En m’approchant, je constate que ce sont des handicapés mentaux. Ils se déhanchent, sautillent, moulinent des bras avec enthousiasme au rythme de la musique. Quel contraste avec le reste du public qui reste immobile, rigide, comme enraciné au bitume! C’est à peine si certains osent un discret dodelinement de tête. Des gens dits normaux. A voir les premiers, que l’on qualifie volontiers d’anormaux, à voir leur énergie, leur corps libérés et leurs visages rayonnants, franchement, on se demande qui sont les plus à plaindre!
A la brocante
Deux dames déplient et replient avec une coordination parfaite des nappes de dentelle aussi vielles qu’elles. Une petite fille très concentrée lit un livre écorné en suçant son pouce, sans remarquer qu’il manque la moitié des pages. Un tapis détempé sèche sur une échelle pour oublier les averses de la nuit. Une mère fait une démonstration d’haltères à sa fille sceptique (“Mais oui, ce serait bien pour le violon!”). Un enfant joue au foot à travers les stands avec un ballon à demi dégonflé. Un autre refuse de se séparer d’un animal en peluche orange. Deux copines font tant bien que mal des essayages sans cabine: la première des bottes à boucle toutes avachies, la seconde une minijupe en imitation léopard (“En ne mangeant plus que des yogourts nature, ça irait” “Quoi, mes bottes ou ta jupe?”). S. soupèse avec intérêt une ancienne machine à écrire aux touches de bakélite, et repart avec sa petite soeur aussi. On rigole en découvrant les papiers incongrus qui tapissent l’intérieur de certains meubles de style. On étend des tables à rallonge puis on ne sait plus comment les replier. La plupart des chaises, quant à elles, ne sont pas à vendre: elles sont disposées en rangs face à une estrade en attendant la cérémonie du dimanche. Le week-end dernier, Emmaüs fêtait ses 25 ans. L’occasion d’organiser une brocante un peu spéciale, aussi riche en bric-à-brac qu’en scènes cocasses. Bon anniversaire et longue vie!