Un voyage de noces à Venise, c’est classique, mais décidément fort joli. Car la cité des Doges, vrai décor de théâtre grandeur nature, a une atmosphère unique en son genre. Comme ce n’était pas notre première visite, j’ai un peu retrouvé la ville comme un endroit familier. Les kilomètres de marche dans les ruelles tortueuses, la foule bigarrée et infernale, les multiples boutiques de masques ou de verrerie ultrakitsch, les petits ponts partout, les cours poétiques dans leur désordre architectural, les églises aux façades imposantes coincées sur des places aux dimensions de mouchoirs de poche, le charme des murs décatis, les palazzi ocres ou brique troués de fenêtres pointues et de balcons de marbre, à l’intérieur desquels on devine parfois un grand lustre de Murano, les puits en forme de chapiteaux de colonnes, les livreurs criant “Permesso!” en fendant la foule, les écheveaux de fils électriques, les silhouettes oniriques du Palais des Doges et de la basilique Saint Marc, les boiseries dorées et les vieux miroirs du café Florian, les escaliers qui descendent dans les canaux, les bricoles d’amarrage en forme de sucre d’orge, les vaporetti qui semblent ployer sous le poids des voyageurs, les bouffées d’air vanillé qui sortent des pâtisseries, les cordes à linge toujours chargées de lessive, les gondoles toujours chargées de touristes malgré leur prix exorbitant, les bateaux-marchés, et surtout, cette unique lumière d’or bleuté et l’odeur un peu moite de la lagune. Nous n’en finissions pas de prendre des photos! Quelques changements cependant depuis la dernière fois. Les pigeons, une vraie plaie surnourrie par les touristes sur la Place Saint Marc, semblent moins nombreux; quelques goélands se chargent d’ailleurs parfois d’éclaircir les rangs! Il y a moins de déchets et de crottes de chien dans les rues. Les avis mortuaires placardés sur les murs comme des affiches semblent avoir presque totalement disparu. L’eau des canaux paraissait moins sale, malgré son opaque teinte vert glauque. Par contre, épidémie de grands panneaux publicitaires: les marques de luxe s’exhibent sans honte sur les bâtiments dont ils sponsorisent la rénovation. Et dans l’ensemble, moins d’amabilité, même si le fait de voyager avec un italophone aide grandement (combien de fois s’est-on adressé à nous en anglais, langue touristique par défaut); les Vénitiens en ont marre de la touristaille, et franchement, on peut les comprendre. Nous sommes tout de même parvenus à dérider les gardiennes du Palais des Doges qui, en voulant fouiller notre sac à dos, sont tombées sur Oscar, notre ours en peluche– mascotte ! L’esprit tutélaire du voyage semble avoir été une vieille dame à lunettes rencontrée sur le vaporetto, à l’arrivée, puis retrouvée par hasard au moment du départ. Venise est une ville qui s’offre à qui sait regarder, disait-elle. Nous avons fait de notre mieux. J’ai même fait un ou deux croquis. Même si, circonstances obligent, nous avons aussi pris le temps de nous regarder dans les yeux!
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