L’adieu du combattant

Mauvaise sur­prise l’autre jour dans l’aquarium: notre com­bat­tant aux grandes nageoires (betta splen­dens de son petit nom) avait, sans prévenir, tiré sa révérence. Il avait vécu cette vie brève qui dans leur espèce sem­ble être la rançon de la beauté. Il a eu droit à des funérailles en bonne et due forme, avec enter­re­ment dans le pot de l’hibiscus, his­toire de pour­suivre le cycle naturel. C’est vrai qu’il lais­sait un cer­tain vide. Avec son élé­gance, son goût des cabri­oles dans le courant, son tem­péra­ment curieux et fam­i­lier, il était un peu un “per­son­nage” de l’aquarium. Il l’a d’ailleurs prouvé post-mortem. Quelques jours plus tard, la plante, nour­rie de sa sub­stance, a développé de nou­velles feuilles, plus grandes, plus denses, plus bril­lantes. Et soudain, un bou­ton, qui est devenu une fleur. La pre­mière depuis presque un an! C’est ce qui s’appelle par­tir avec panache.  Une seule chose m’a vrai­ment éton­née: que la fleur ne soit pas bleu roi, comme le pois­son. Elle était rose. Mais rose… saumon. 

Déc-os de Noël

Dans notre bureau a fleuri une orig­i­nale déco­ra­tion de sai­son : une boule de Noël rouge… tenue entre les dents d’un squelette en car­ton grandeur nature. Assez logique pour un bureau d’archéologues, dira-t-on peut-être. Du coup, le sapin offi­ciel dans le hall du Ser­vice archéologique, avec ses guir­lan­des et ses boules blanches, paraît presque un peu banal. On aurait pu imag­iner des déco­ra­tions faites de sachets en plas­tique, de tru­elles, de tes­sons de céramique mul­ti­col­ores, de clous rouil­lés, de cail­loux, etc… Un peu comme ce phar­ma­cien qui a garni le sapin devant son officine de paquets de médica­ments vides. L’effet est éton­am­ment déco­ratif! Du reste, en ville, les décors de Noël sem­blent bien étriqués cette année. Dom­mage, surtout que l’architecture, avec ses belles façades médié­vales, s’y prête très bien. Les orne­ments les plus orig­in­aux sont encore les fenêtres des maisons du Court-Chemin, décorées par les habi­tants sous forme de cal­en­drier de l’Avent (il y a même une maque­tte en papier de la cathé­drale). Une virée de nuit à Neuchâ­tel a par con­tre révélé une pro­fu­sion de lumières aussi somptueuses qu’originales: du dais lumineux au-dessus d’une ruelle aux boules d’argent sus­pendues aux branches d’un grand chêne, en pas­sant par des fil­igranes sophis­tiquées dans la zone pié­tonne ou l’ énorme sapin offi­ciel orné de sphères orange lumi­nes­centes, c’était tout sim­ple­ment féerique…  Je me suis un peu con­solée en voy­ant l’Université de Fri­bourg, dont la porte prin­ci­pale se pare d’un rideau de lumières. Même si ça la fait ressem­bler à un grand mag­a­sin. D’ailleurs, je me demande s’ils passent des chants de Noël dans le hall, comme au cen­tre com­mer­cial de la gare. L’autre jour, il y avait un vieux sand­wich aban­donné entre les branches du sapin.