Mon beau sapin…

La gare de Neuchâ­tel a trouvé une manière inso­lite de met­tre sa déco­ra­tion de Noël à l’abri des van­dales. Le hall cen­tral est en effet orné d’une série de sap­ins en pots, généreuse­ment parés de guir­lan­des lumineuses…suspendus au pla­fond ! Si on ne lève pas les yeux, on ne les remar­que même pas. Et si d’aventure on les lève, l’effet pro­duit bal­ance un peu entre « Alice au Pays des Mer­veilles » et la cuite de fin d’année !  
A pro­pos de sapin… Nous avons une fois encore com­mandé notre arbre de Noël via internet, auprès d’une pépinière de la région. D’ordinaire, un lutin dis­cret venait poser le végé­tal sur le palier, sim­ple­ment enveloppé dans un filet. Mais cette année, c’est la poste qui fai­sait la livrai­son. Ainsi, nous avons trouvé der­rière la porte un énorme car­ton allongé, avec notre adresse col­lée dessus. Un peu per­plexes (nous avions com­mandé un petit sapin, et non un géant d’un mètre quatre-vingt… Le Père Noël était-il com­pris dans le lot?), nous l’avons ouvert et après bien des efforts et des aigu­illes répan­dues, nous y avons vu… un grand vide, avec, tout au fond, un sapin qui sem­blait minus­cule… On essaie de faire écologique en pro­posant des pro­duits de prox­im­ité, et on gâche tout avec l’emballage ! 
Pour clore le chapitre, ajou­tons encore de grands épicéas styl­isés peints sur les vit­res d’une mai­son de Vil­lare­pos. Une déco­ra­tion très con­tem­po­raine sur une villa très con­tem­po­raine aussi, qui con­trastait avec le reste du vil­lage truffé de fer­mes tra­di­tion­nelles. Ils s’accompagnaient de man­chots trans­par­ents ren­fer­mant des cor­dons lumineux entrelacés. Avec le froid qu’il fai­sait, ils devaient être les seuls à rigoler…  Joyeux Noël ! 
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Des coqs au rayon cosmétiques

Samedi matin dans un super­marché de la ville. Le char­iot est plein, ne reste plus qu’à passer au départe­ment cos­mé­tiques. Tan­dis que je par­cours les rayons, à la recherche de kleenex et autres den­ti­frices, une voix s’élève depuis les étalages voisins. Un homme, apparem­ment au télé­phone, puisqu’il parle tout seul.  “Com­ment tu as dit que ça s’appelait? Avec une étiquette rose?” Silence. “Je vois que des étiquettes vertes ou vio­lettes… Non, pas de roses! Attends, en voilà une… Antiâge super­lift? Ce n’est pas ça?” Resi­lence. “C’est com­pliqué, il y en 36 sortes!” Nou­veau silence, qu’on sent un peu tendu. “Bon, écoute, je trouve pas. La prochaine fois, tu vien­dras toi-même… Oui, par­faite­ment, tu vien­dras toi-même!” La con­ver­sa­tion s’arrête net. Eti­rant le cou, je coule un oeil dis­cret sur l’orateur. Et je vois deux jeunes hommes, avachis sur leur char­iot (rem­pli de chips et de piz­zas con­gelées, mais ceci est une autre his­toire), l’air éxcédé. Leur impuis­sance face aux pro­duits cos­mé­tiques me laisse songeuse. En effet, ils arborent une peau rigoureuse­ment lisse et bronzée, une crête gom­inée qui ferait rou­gir tous les coqs de la cam­pagne fri­bour­geoise, et même, dirait-on, un peu de crayon noir sous les yeux…

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Les fantômes d’Halloween

Tard le soir en Basse Ville. Dans un angle som­bre du trot­toir, deux jeunes garçons s’emploient à imiter Michael Jack­son dans « Thriller », cha­peau à l’appui et lecteur de CD portable à pleins tubes. Drôle d’endroit et drôle de moment pour répéter un numéro, ai-je pensé. Sans par­ler du fait que les garçons en ques­tion étaient bien trop petits pour rester dehors à ces heures. La chan­son arrive à son terme, l’un des enfants s’effondre con­scien­cieuse­ment sur le bitume. Arrive un troisième lar­ron, cos­tumé en…squelette, dont les os luisent dans l’obscurité. L’effet est assez sur­prenant. Il apos­tro­phe une pas­sante, d’une petite voix qui con­traste de manière comique avec son déguise­ment effrayant. C’est à ce moment-là que je réalise : nous sommes le soir d’ Hal­loween ! Dans le quartier, plusieurs cit­rouilles évidées rica­nent et des bou­gies trem­blot­tent sur les rebords des fenêtres pour éloigner fan­tômes et mau­vais esprits de sor­tie cette nuit-là. D’ailleurs, dans le bus, les gens arbo­raient un peu des têtes de déter­rés (les néons ne sont décidé­ment pas flat­teurs)… Le seul fan­tôme que j’ai finale­ment côtoyé était notre ami le renard, habitué du jardin, qui n’a pas cessé de glapir tout près de la mai­son. Peut-être parce que nous lui avions laissé les restes d’une…tête de moine. Bouh!

(NB : tête de moine: fro­mage suisse fab­riqué dans le Jura bernois)

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La machine à muscler les bras

Pour mon retour sur la toile après tous ces mois d’absence, il fal­lait une his­toire un peu mus­clée. La voilà… Une fois n’est pas cou­tume, j’ai cédé aux sirènes de la pub­lic­ité, qui van­tait un appareil de gym­nas­tique censé remus­cler cuisses, fesses, ven­tre et bas du dos. Un bon résumé de mes “zones à prob­lèmes”, dirons-nous… Bon. Il n’était pas très cher, sem­blait sim­ple d’utilisation et peu encom­brant.  Après quelques moments de réflex­ion, je l’ai donc com­mandé. Manque de pot, comme j’étais absente  le jour de la livrai­son,  j’ai dû aller le chercher moi-même à la poste.  Au guichet, l’employé me présente un énorme car­ton tout défoncé. “Vous êtes en voiture?”, me susurre-t-il avec mesquinerie. Ben non…  Tou­jours pas de voiture, tou­jours pas de per­mis. Et la poste qui est à une bonne trotte de chez moi, hors des lignes de bus… J’empoigne donc à deux mains le paquet et mon courage, et prends tant bien que mal le chemin de la mai­son. L’horreur. Au début, le car­ton sem­blait plus encom­brant que lourd, mais à la longue, étant donné qu’il n’avait aucune poignée, ficelle ou autre prise per­me­t­tant de le porter cor­recte­ment, l’exercice deve­nait de plus en plus pénible. Je suais à grosses gouttes sous le soleil de fin d’été. Et me sen­tais un peu hon­teuse dans la rue avec cette boîte dont l’emballage, illus­tré d’une pin-up ath­lé­tique et de slo­gans en couleurs fluo, trahis­sait si claire­ment le con­tenu. Il me sem­blait que tout le monde me regar­dait de haut en bas… Cahin-caha, je suis finale­ment arrivée chez moi. Epuisée, déshy­dratée, les bras douloureux et les mains insen­si­bles. Le car­ton est resté dans un coin jusqu’à ce que je trouve le courage de m’y atta­quer. Quelques jours plus tard, j’ai tout déballé et tenté d’assembler les pièces en suiv­ant le mode d’emploi. Non seule­ment la bête s’avérait plus mas­sive que prévu, mais il man­quait toutes les vis! J’ai alors piqué une colère, tout rem­ballé, en maud­is­sant mon com­porte­ment de gamine com­plexée, et ramené  le paquet à la poste…en m’aidant cette fois d’un dia­ble et d’un sac IKEA.  A défaut de m’avoir mus­clé le bas du corps, la machine m’aura au moins un peu mus­clé les bras le jour de son retrait!

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Objets perdus

Désor­mais, même les bureaux des objets trou­vés sont touchés par la tech­nolo­gie.  Finie l’époque où, ayant égaré son para­pluie dans le bus ou le train, on s’adressait à un guichet spé­cial dont l’employé par­courait des étagères chargées de trucs hétéro­clites pour le retrou­ver.  Mon mari en a fait l’expérience à la gare de Berne, après avoir perdu sa cas­quette en galopant pour attraper un inter­city. Pre­mière chose: localiser le bureau con­cerné, qui se cachait en fait au pre­mier étage, dans le bureau des bagages. Soit. La pièce était presque totale­ment vide, mis à part un guichet ouvert où se tenait une vigoureuse et antipathique matrone suisse-allemande. S.lui a donc exposé sa requête, en alle­mand, ce qui a sem­blé la dérider un peu. Je m’attendais alors à la voir dis­paraître dans un local attenant, ou du moins passer un coup de télé­phone. Mais non: elle nous a sim­ple­ment tendu un for­mu­laire por­tant l’adresse d’un site inter­net. Il fal­lait s’y inscrire, décrire l’objet et les cir­con­stances de sa perte, et atten­dre une réponse par email. Au revoir, merci (ou plutôt “ade, merci” en dialecte local). Un peu sur­pris par le procédé, S. s’y est attelé le soir même, en se deman­dant com­ment fai­saient les gens sans accès inter­net, genre les per­son­nes âgées… Un pre­mier mail est arrivé 4 jours plus tard: pas trace de la cas­quette. Sur le moment, ce sys­tème un peu dés­in­carné m’a donné l’impression que le couvre-chef flot­tait quelque part dans le brouil­lard, hors d’atteinte… C’était un peu vrai. Six jours après tombait un sec­ond mail, défini­tif: l’objet n’a tou­jours pas été retrouvé, opéra­tions ter­minées. Reste un brin de nos­tal­gie. Pour une cas­quette en tweed ramenée d’Irlande, mais aussi pour les bureaux d’objets trou­vés à l’ancienne, qui avaient plus de charme, et plus d’humanité.

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