Polvoron

Grippe oblige, je me suis rep­longée durant les fêtes dans la superbe trilo­gie de films du “Seigneur des Anneaux”.  Un élément m’y a tou­jours fascinée: le lem­bas, ce pain de route elfique dont une seule bouchée suf­fit à nour­rir un adulte. Et bien, je pense avoir trouvé son équiv­a­lent  à peu près par­fait dans notre monde. Il s’agit des polvoron, une spé­cial­ité des Philip­pines qu’un col­lègue fraîche­ment revenu de là-bas m’a fait goûter. Com­posés essen­tielle­ment de lait en poudre, de farine rôtie et de beau­coup de beurre, ces bis­cuits ovales embal­lés dans de jolies cel­lo­phanes col­orées ont une pâte sablée très fri­able au goût salé-sucré. Apparem­ment, on peut y ajouter divers ingré­di­ents, comme des noix de cajou, du choco­lat, ou des sortes de flo­cons de riz (pinipig). Mais la recette de base est déjà en soi très nour­ris­sante. Manger un seul de ces bis­cuits m’a calée pra­tique­ment pour toute la mat­inée. Je n’ai tout sim­ple­ment pas pu avaler le sec­ond, qui est encore sur mon bureau. Il attend la prochaine fringale. Ou un prochain voy­age en Terre du Milieu.

Publié dans Un monde étrange | Commentaires fermés

Papa, dis bonjour!

La ten­dance me frappe depuis quelques années déjà: lorsque les gens (célèbres ou non) sont inter­rogés sur eux-mêmes dans les médias, presque tous affir­ment vouloir “aller vers les autres”, “ren­con­trer l’autre”, “s’ouvrir aux autres”, etc. Et pour­tant, lorsqu’on regarde autour de soi, la société sem­ble s’appliquer à pren­dre le chemin inverse. Désor­mais, à l’heure de la politesse plus que min­i­male, on se fait pra­tique­ment regarder de tra­vers si l’on salue un inconnu ou si l’on s’excuse de l’avoir bous­culé… Heureuse­ment, il y a des excep­tions. Par­fois inat­ten­dues, comme ce dernier matin dans le train Neuchâtel-Fribourg. A peine étais-je mon­tée à bord, tirant la porte du wagon der­rière moi, qu une petite voix s’élève: “Bon­jour!” Je me retourne, et vois un garçon haut comme trois pommes qui me sourit de toutes ses dents. “Salut!”, lui réponds-je, plutôt char­mée, avant d’aller m’asseoir un peu plus loin. La petite voix con­tinue. “Papa, pouquoi tu n’as pas dit bon­jour à la dame?” Silence, puis une voix d’homme bour­rue: ” Ben, elle ne m’a pas dit bon­jour”. Le garçon insiste: “Mais moi j’ai dit bon­jour, et elle m’a répondu. Allez, papa, vas-y, essaie!”. J’aurais bien voulu  con­naître la fin de la con­ver­sa­tion. Mal­heureuse­ment, elle a été noyée par le rap toni­tru­ant qui s’est élevé d’un com­par­ti­ment voisin. His­toire de ren­con­trer les autres en faisant partager ses goûts musi­caux, probablement…

Publié dans Anecdotes, Non classé, Un monde étrange | Commentaires fermés

D’Irlande en vrac (5): Billet pince-sans-rire

A peine avons-nous débar­qués à Aer­fort Bhaile Atha Cliath (sic), l’aéroport de Dublin, que nous pou­vons déjà nous payer une tranche d’humour irlandais. Nous hissons laborieuse­ment notre mois de bagages à bord du bus qui doit nous amener au centre-ville, un double-decker iden­tique à ceux de Lon­dres hormis ses couleurs bleu et jaune. Autour de nous, beau­coup de rouquins aux yeux clairs, dont les vis­ages un peu tail­lés à la serpe rap­pel­lent exacte­ment les Irlandais des films améri­cains. S. se rend auprès du chauf­feur, placé à droite puisqu’en Irlande on roule à gauche, pour acheter nos bil­lets. L’employé est pro­lixe. Il lui explique longue­ment les avan­tages des tick­ets aller-retour, qui sont disponibles à un dis­trib­u­teur planté à quelque dis­tance de là. Mais  S. n’a envie ni de courir, ni de se bat­tre con­tre cette machine incon­nue (les infer­naux dis­trib­u­teurs fri­bour­geois nous ont un peu trau­ma­tisés à cet égard) en espérant que le bus, censé l’attendre, ne parte pas sans lui, empor­tant ses valises et son épouse vers l’inconnu (en l’occurence Busaras, la gare routière de la cap­i­tale; mais bon, on vient juste d’arriver, et tout est encore inconnu). Il choisit donc de pren­dre deux bil­lets sim­ple course, qu’il peut acheter directe­ment auprès du chauf­feur. La réac­tion est immé­di­ate, avec un accent à couper au couteau: “And after all that, you still want a single-way ticket?” (Et après tout cela, vous voulez quand même un bil­let sim­ple course?). Le vis­age reste impas­si­ble, mais les yeux pétil­lent. Bien­v­enue en Irlande!

Publié dans Anecdotes, Irlande | Un commentaire

D’Irlande en vrac (4): Fungie de Dingle

Dingle, charmant petit port blotti dans une baie, sur la pénin­sule du même nom. Ce n’est pas son atmo­sphère pais­i­ble ou ses façades aux teintes pas­tel qui y attirent le plus de vis­i­teurs, mais… un dauphin. Celui-ci, qui s’est apparem­ment apprivoisé lui-même, a élu domi­cile dans la baie depuis les années 80, et joue sans se lasser avec les bateaux et les nageurs qui vien­nent lui ren­dre vis­ite. Bap­tisé Fungie (fun guy), il est même devenu l’attraction touris­tique prin­ci­pale de l’endroit, et fait l’objet de prom­e­nades en bateau régulières. Grands ama­teurs d’animaux, nous nous sommes offerts la croisière; un peu chère, mais après tout, il n’est pas si fréquent de voir un dauphin sauvage. Nous embar­quons donc avec une dizaine d’autres per­son­nes sur un petit bateau ouvert aux ban­quettes de bois, par un bel après-midi ensoleillé. Les paysages de la baie sont dignes d’un tableau impres­sion­niste: phares aux couleurs vives, falaises ridées tapis­sées de fleurs roses, prairies aussi veloutées que des ter­rains de golf, rochers aux formes tara­bis­cotées, vols de goé­lands, mer d’un bleu pro­fond,… On se sent vrai­ment en vacances. On se prend presque pour des marins au long cours. En même temps, bien sûr, on scrute les vagues, se deman­dant si et où le dauphin appa­raî­tra. S’il ne se mon­tre pas, la balade est gra­tu­ite: il faut croire que la ren­con­tre est garantie! Soudain, un cri, et tout le monde se rue à tri­bord, faisant pencher dan­gereuse­ment l’embarcation: une sil­hou­ette som­bre et fuselée file sur le flanc du bateau! Une pirou­ette mon­tre la nageoire dor­sale, le trou de res­pi­ra­tion, la queue. Puis Fungie reste invis­i­ble un long moment. Tout le monde est excité, et serre fébrile­ment son appareil photo en obser­vant les alen­tours. Le dauphin réap­pa­raît plus loin, près d’un autre bateau, avant de plonger à nouveau. L’espace de quelques sec­on­des, nous le voyons même sor­tir de l’eau sa bouille souri­ante et pousser un petit cri comme pour nous saluer. Ce jeu de cache-cache dure ainsi pen­dant presque une heure, avec à chaque appari­tion du cétacé des excla­ma­tions ent­hou­si­astes et le bateau qui tangue forte­ment tan­dis que les gens se pré­cip­i­tent d’un côté à l’autre. Je ne suis même pas sûre qu’il y avait des gilets de sauve­tage sous les bancs! Finale­ment, nous regagnons le port, un peu fatigués, très con­tents. Tous les par­tic­i­pants ont le sourire aux lèvres. Pour bien con­clure l’excursion, nous nous faisons tirer le por­trait aux côtés du héros du lieu. Pas en vrai, bien sûr, mais en bronze: Fungie a sa statue grandeur nature sur la place près du port! A vrai dire, il nous sem­ble un peu émerger d’un songe. Mais nous n’étions pas au bout de nos sur­prises aqua­tiques. Lorsque dans la foulée nous avons vis­ité l’aquarium, nous avons eu l’occasion de…caresser des raies et des soles qui venaient faire le beau! Con­trée par­ti­c­ulière que l’Irlande, décidément.

Publié dans Anecdotes, Histoires naturelles, Irlande | Commentaires fermés

D’Irlande en vrac (3): Shopping du soir à Belfast (2)

Peu après l’épisode des lunettes belfas­toises, j’entre dans un mag­a­sin de chaus­sures et tombe en arrêt devant une fort jolie paire: de fines bas­kets en cuir brun à empièce­ments de satin fleuri bor­deaux. Mal­heureuse­ment, il n’y a qu’un mod­èle d’exposition, trop grand, et comme les poin­tures sont anglaises, je ne sais pas laque­lle deman­der. C’est que nous sommes ici au Roy­aume Uni– même s’il sem­ble impos­si­ble de dénicher un café ser­vant des after­noon teas avec des scones… Prenant donc à deux mains mon courage, la bas­ket et mon meilleur anglais (pas tou­jours per­for­mant dans ce pays), je vais me ren­seigner auprès du vendeur. Costard gris foncé et crête de coq gom­inée, celui-ci s’avère éton­nam­ment efficace. Sans ter­gi­verser, et sans avoir l’air autrement étonné de ma requête, il sort de der­rière son comp­toir un instru­ment que je n’avais plus vu depuis mon enfance (époque où ma poin­ture changeait très vite): une sorte de  semelle géante avec une réglette coulis­sante ser­vant à mesurer la longueur du pied. J’ôte donc mes chaus­sures de ran­don­née, un peu gênée d’exposer mes chaus­settes imprégnées de toute une journée de vis­ites (par chance, elles ne sont pas trouées), et me plie à l’exercice. Ver­dict: taille 4. Une vendeuse m’apporte bien­tôt les chaus­sures en ques­tion, qui vont très bien. Marché con­clu. Je quitte le mag­a­sin avec ma carte de crédit plus légère de quelques dizaines de livres, et l’espoir que l’automne suisse ne soit pas trop plu­vieux pour que je puisse porter mes nou­velles acqui­si­tions. En ce qui con­cerne l’after­noon tea, prononcé high tea en Irlande, il a finale­ment eu lieu quelques jours plus tard. Il a même été par­ti­c­ulière­ment high, puisque je l’ai pris durant le vol de retour, à 11’000 mètres d’altitude!

Publié dans Anecdotes, Irlande | Commentaires fermés