Drôles d’oiseaux

Balade dans les rues de Lau­sanne un mer­credi après-midi. Je tombe en arrêt devant la vit­rine d’un célèbre  maro­quinier de luxe, qui met en scène sacs et autres porte-monnaies de manière orig­i­nale:  affublés de longues pattes en métal, ceux-ci for­ment les corps sans tête d’oiseaux étranges. Amusée,  je prends une photo. A ce moment, une petite vieille voûtée,  toute de rose vêtue, s’approche et me demande d’un air inquiet: “Vous n’allez pas les copier, hein?”  Je la ras­sure, lui mon­trant les oiseaux qui ont attiré mon atten­tion, mais elle ne m’écoute pas. Elle garde les yeux rivés sur la vit­rine. “Vous pou­vez me dire les prix? Je ne peux pas les lire sans mes lunettes”. Docile­ment, j’obtempère, en grinçant un peu des dents face aux tar­ifs  astronomiques qui sont affichés. Ceux-ci ne sem­blent pour­tant pas  cho­quer la vieille dame, qui se con­tente de hocher la tête en souri­ant, et de repar­tir comme  elle est venue dans ses habits couleur bon­bon.  Je reste per­plexe… Sous ses airs rabougris, il s’agissait peut-être d’une comtesse, ou d’une baronne?

Pulls manchots

Petite séance de shop­ping en ville, dans le but fort banal de dégoter un pull chaud pour cet hiver. Ver­dict: les grandes absentes de la con­fec­tion cette sai­son sont…les manches ! Sur tous les éta­lages, ce ne sont que gilets, pon­chos, châles, débardeurs ou jacquettes à manches cour­tes, trois-quarts dans le meilleur des cas. Et pour le même prix qu’un vête­ment “entier”… J’en avais froid dans le dos. Ne reste donc plus qu’à se met­tre au tri­cot, apparem­ment. Je peux tou­jours essayer de deman­der à ce jeune homme aperçu l’autre jour dans le train, qui meublait son tra­jet le plus sérieuse­ment de monde, en cli­que­tant des aiguilles…

En slip!

De pas­sage parmi les immeubles du quartier d’Alt. Du coin de l’oeil, j’aperçois une sil­hou­ette qui se fau­file sur un bal­con, puis retourne à l’intérieur. La porte-fenêtre en se refer­mant jette un bref éclat de soleil. Rien d’étonnant en soi. Mais les deux femmes qui me suiv­ent ont mieux vu. Elles sont même scan­dal­isées. “T’as vu ça? En slip, qu’elle était, la nana! Non, mais tu te rends compte? En slip!…” Et ainsi de suite, au point que je presse un peu le pas pour échap­per à cette ven­imeuse log­or­rhée. En slip… Bon. Non seule­ment la dame en ques­tion était chez elle, mais elle s’était con­tentée de sor­tir briève­ment sans s’exhiber outre mesure. Pas de quoi en faire un fro­mage. D’ailleurs, en y pen­sant, ce n’est pas que la mode de ce print­emps soit beau­coup plus habil­lée. Quelques min­utes à peine avant cet épisode, un groupe de jeunes filles mar­chaient devant moi. Non con­tentes de con­fon­dre les col­lants pas même opaques avec les pan­talons, elles pous­saient le détail jusqu’à porter un string pour éviter les mar­ques! Autant dire qu’elles se bal­adaient dans la rue les fesses à l’air. Et cela, apparem­ment, ça ne dérange personne.

Mon beau sapin…

L

 
A pro­pos de sapin… Nous avons une fois encore com­mandé notre arbre de Noël via inter­net, auprès d’une pépinière de la région. D’ordinaire, un lutin dis­cret venait poser le végé­tal sur le palier, sim­ple­ment enveloppé dans un filet. Mais cette année, c’est la poste qui fai­sait la livrai­son. Ainsi, nous avons trouvé der­rière la porte un énorme car­ton allongé, avec notre adresse col­lée dessus. Un peu per­plexes (nous avions com­mandé un petit sapin, et non un géant d’un mètre quatre-vingt… Le Père Noël était-il com­pris dans le lot?), nous l’avons ouvert et après bien des efforts et des aigu­illes répan­dues, nous y avons vu… un grand vide, avec, tout au fond, un sapin qui sem­blait minus­cule… On essaie de faire écologique en pro­posant des pro­duits de prox­im­ité, et on gâche tout avec l’emballage ! 
Pour clore le chapitre, ajou­tons encore de grands épicéas styl­isés peints sur les vit­res d’une mai­son de Vil­lare­pos. Une déco­ra­tion très con­tem­po­raine sur une villa très con­tem­po­raine aussi, qui con­trastait avec le reste du vil­lage truffé de fer­mes tra­di­tion­nelles. Ils s’accompagnaient de man­chots trans­par­ents ren­fer­mant des cor­dons lumineux entrelacés. Avec le froid qu’il fai­sait, ils devaient être les seuls à rigoler…  Joyeux Noël ! 

Des coqs au rayon cosmétiques

Samedi matin dans un super­marché de la ville. Le char­iot est plein, ne reste plus qu’à passer au départe­ment cos­mé­tiques. Tan­dis que je par­cours les rayons, à la recherche de kleenex et autres den­ti­frices, une voix s’élève depuis les éta­lages voisins. Un homme, apparem­ment au télé­phone, puisqu’il parle tout seul.  “Com­ment tu as dit que ça s’appelait? Avec une éti­quette rose?” Silence. “Je vois que des éti­quettes vertes ou vio­lettes… Non, pas de roses! Attends, en voilà une… Antiâge super­lift? Ce n’est pas ça?” Resi­lence. “C’est com­pliqué, il y en 36 sortes!” Nou­veau silence, qu’on sent un peu tendu. “Bon, écoute, je trouve pas. La prochaine fois, tu vien­dras toi-même… Oui, par­faite­ment, tu vien­dras toi-même!” La con­ver­sa­tion s’arrête net. Eti­rant le cou, je coule un oeil dis­cret sur l’orateur. Et je vois deux jeunes hommes, avachis sur leur char­iot (rem­pli de chips et de piz­zas con­gelées, mais ceci est une autre his­toire), l’air éxcédé. Leur impuis­sance face aux pro­duits cos­mé­tiques me laisse songeuse. En effet, ils arborent une peau rigoureuse­ment lisse et bronzée, une crête gom­inée qui ferait rou­gir tous les coqs de la cam­pagne fri­bour­geoise, et même, dirait-on, un peu de crayon noir sous les yeux…

Les fantômes d’Halloween

Tard le soir en Basse Ville. Dans un angle som­bre du trot­toir, deux jeunes garçons s’emploient à imiter Michael Jack­son dans « Thriller », cha­peau à l’appui et lecteur de CD portable à pleins tubes. Drôle d’endroit et drôle de moment pour répéter un numéro, ai-je pensé. Sans par­ler du fait que les garçons en ques­tion étaient bien trop petits pour rester dehors à ces heures. La chan­son arrive à son terme, l’un des enfants s’effondre con­scien­cieuse­ment sur le bitume. Arrive un troisième lar­ron, cos­tumé en…squelette, dont les os luisent dans l’obscurité. L’effet est assez sur­prenant. Il apos­tro­phe une pas­sante, d’une petite voix qui con­traste de manière comique avec son déguise­ment effrayant. C’est à ce moment-là que je réalise : nous sommes le soir d’ Hal­loween ! Dans le quartier, plusieurs cit­rouilles évidées rica­nent et des bou­gies trem­blot­tent sur les rebords des fenêtres pour éloigner fan­tômes et mau­vais esprits de sor­tie cette nuit-là. D’ailleurs, dans le bus, les gens arbo­raient un peu des têtes de déter­rés (les néons ne sont décidé­ment pas flat­teurs)… Le seul fan­tôme que j’ai finale­ment côtoyé était notre ami le renard, habitué du jardin, qui n’a pas cessé de glapir tout près de la mai­son. Peut-être parce que nous lui avions laissé les restes d’une…tête de moine. Bouh!

(NB : tête de moine: fro­mage suisse fab­riqué dans le Jura bernois)