Les sportifs de midi

Balade durant la pause de midi sur les rives du lac Léman à Vidy. Depuis le retour des beaux jours, c’est la ruée: tout le monde vient y faire son petit exer­cice,  et par la même occa­sion, s’y mon­trer. Seul ou en groupe, on court (plus ou moins vite), on roule à vélo, on vogue en trot­tinette, on marche à la nordique, on glisse en patins à roulettes (par­don, en “in-line”, les bons vieux mod­èles à roues par­al­lèles étant depuis longtemps démodés). C’est donc un véri­ta­ble défilé de cuis­settes, de col­lants fluo, de culottes de train­ing, qui revê­tent des postérieurs et des mol­lets plus ou moins noueux. On sue, on se bous­cule presque, le vis­age crispé, les dents ser­rées. Les plus assidus râlent et gémis­sent sous l’effort… Une des seules per­son­nes à déam­buler au pas et en vête­ments de ville, je me sens un peu incon­grue au milieu de cette faune tout en span­dex. Une fois, un adepte du jog­ging s’est car­ré­ment planté devant moi et m’a demandé tout de go: “Et votre tenue de sport, elle est où? ” Incroy­able… Mais l’autre jour, j’ai croisé deux promeneurs encore plus inso­lites que moi:  un maître et son chien. Le maître, un gigan­tesque armailli vêtu de grosse toile et de velours côtelé, la barbe longue et drue, chaîne au gilet et pipe à la bouche, avançant à grandes enjam­bées. Le chien, une sorte d’Appenzellois qui tri­co­tait des pattes, l’oeil bril­lant, ten­ant dans sa gueule une balle de ten­nis. Cette image quasi sur­réal­iste, et surtout le halo de sim­plic­ité et de bonne humeur qui se dégageait du cou­ple, avait quelque chose de ras­sur­ant, de chaleureux. Elle m’a remis le moral au beau fixe pour tout l’après-midi. J’espère qu’ils ont fait une agréable par­tie de balle. Un type de sport moins voy­ant, mais tout aussi effi­cace et prob­a­ble­ment plus joyeux!

 

Drôles d’oiseaux

Balade dans les rues de Lau­sanne un mer­credi après-midi. Je tombe en arrêt devant la vit­rine d’un célèbre  maro­quinier de luxe, qui met en scène sacs et autres porte-monnaies de manière orig­i­nale:  affublés de longues pattes en métal, ceux-ci for­ment les corps sans tête d’oiseaux étranges. Amusée,  je prends une photo. A ce moment, une petite vieille voûtée,  toute de rose vêtue, s’approche et me demande d’un air inquiet: “Vous n’allez pas les copier, hein?”  Je la ras­sure, lui mon­trant les oiseaux qui ont attiré mon atten­tion, mais elle ne m’écoute pas. Elle garde les yeux rivés sur la vit­rine. “Vous pou­vez me dire les prix? Je ne peux pas les lire sans mes lunettes”. Docile­ment, j’obtempère, en grinçant un peu des dents face aux tar­ifs  astronomiques qui sont affichés. Ceux-ci ne sem­blent pour­tant pas  cho­quer la vieille dame, qui se con­tente de hocher la tête en souri­ant, et de repar­tir comme  elle est venue dans ses habits couleur bon­bon.  Je reste per­plexe… Sous ses airs rabougris, il s’agissait peut-être d’une comtesse, ou d’une baronne?

Pulls manchots

Petite séance de shop­ping en ville, dans le but fort banal de dégoter un pull chaud pour cet hiver. Ver­dict: les grandes absentes de la con­fec­tion cette sai­son sont…les manches ! Sur tous les éta­lages, ce ne sont que gilets, pon­chos, châles, débardeurs ou jacquettes à manches cour­tes, trois-quarts dans le meilleur des cas. Et pour le même prix qu’un vête­ment “entier”… J’en avais froid dans le dos. Ne reste donc plus qu’à se met­tre au tri­cot, apparem­ment. Je peux tou­jours essayer de deman­der à ce jeune homme aperçu l’autre jour dans le train, qui meublait son tra­jet le plus sérieuse­ment de monde, en cli­que­tant des aiguilles…

En slip!

De pas­sage parmi les immeubles du quartier d’Alt. Du coin de l’oeil, j’aperçois une sil­hou­ette qui se fau­file sur un bal­con, puis retourne à l’intérieur. La porte-fenêtre en se refer­mant jette un bref éclat de soleil. Rien d’étonnant en soi. Mais les deux femmes qui me suiv­ent ont mieux vu. Elles sont même scan­dal­isées. “T’as vu ça? En slip, qu’elle était, la nana! Non, mais tu te rends compte? En slip!…” Et ainsi de suite, au point que je presse un peu le pas pour échap­per à cette ven­imeuse log­or­rhée. En slip… Bon. Non seule­ment la dame en ques­tion était chez elle, mais elle s’était con­tentée de sor­tir briève­ment sans s’exhiber outre mesure. Pas de quoi en faire un fro­mage. D’ailleurs, en y pen­sant, ce n’est pas que la mode de ce print­emps soit beau­coup plus habil­lée. Quelques min­utes à peine avant cet épisode, un groupe de jeunes filles mar­chaient devant moi. Non con­tentes de con­fon­dre les col­lants pas même opaques avec les pan­talons, elles pous­saient le détail jusqu’à porter un string pour éviter les mar­ques! Autant dire qu’elles se bal­adaient dans la rue les fesses à l’air. Et cela, apparem­ment, ça ne dérange personne.

Mon beau sapin…

L

 
A pro­pos de sapin… Nous avons une fois encore com­mandé notre arbre de Noël via inter­net, auprès d’une pépinière de la région. D’ordinaire, un lutin dis­cret venait poser le végé­tal sur le palier, sim­ple­ment enveloppé dans un filet. Mais cette année, c’est la poste qui fai­sait la livrai­son. Ainsi, nous avons trouvé der­rière la porte un énorme car­ton allongé, avec notre adresse col­lée dessus. Un peu per­plexes (nous avions com­mandé un petit sapin, et non un géant d’un mètre quatre-vingt… Le Père Noël était-il com­pris dans le lot?), nous l’avons ouvert et après bien des efforts et des aigu­illes répan­dues, nous y avons vu… un grand vide, avec, tout au fond, un sapin qui sem­blait minus­cule… On essaie de faire écologique en pro­posant des pro­duits de prox­im­ité, et on gâche tout avec l’emballage ! 
Pour clore le chapitre, ajou­tons encore de grands épicéas styl­isés peints sur les vit­res d’une mai­son de Vil­lare­pos. Une déco­ra­tion très con­tem­po­raine sur une villa très con­tem­po­raine aussi, qui con­trastait avec le reste du vil­lage truffé de fer­mes tra­di­tion­nelles. Ils s’accompagnaient de man­chots trans­par­ents ren­fer­mant des cor­dons lumineux entrelacés. Avec le froid qu’il fai­sait, ils devaient être les seuls à rigoler…  Joyeux Noël ! 

Des coqs au rayon cosmétiques

Samedi matin dans un super­marché de la ville. Le char­iot est plein, ne reste plus qu’à passer au départe­ment cos­mé­tiques. Tan­dis que je par­cours les rayons, à la recherche de kleenex et autres den­ti­frices, une voix s’élève depuis les éta­lages voisins. Un homme, apparem­ment au télé­phone, puisqu’il parle tout seul.  “Com­ment tu as dit que ça s’appelait? Avec une éti­quette rose?” Silence. “Je vois que des éti­quettes vertes ou vio­lettes… Non, pas de roses! Attends, en voilà une… Antiâge super­lift? Ce n’est pas ça?” Resi­lence. “C’est com­pliqué, il y en 36 sortes!” Nou­veau silence, qu’on sent un peu tendu. “Bon, écoute, je trouve pas. La prochaine fois, tu vien­dras toi-même… Oui, par­faite­ment, tu vien­dras toi-même!” La con­ver­sa­tion s’arrête net. Eti­rant le cou, je coule un oeil dis­cret sur l’orateur. Et je vois deux jeunes hommes, avachis sur leur char­iot (rem­pli de chips et de piz­zas con­gelées, mais ceci est une autre his­toire), l’air éxcédé. Leur impuis­sance face aux pro­duits cos­mé­tiques me laisse songeuse. En effet, ils arborent une peau rigoureuse­ment lisse et bronzée, une crête gom­inée qui ferait rou­gir tous les coqs de la cam­pagne fri­bour­geoise, et même, dirait-on, un peu de crayon noir sous les yeux…